Il fut un temps où recevoir une convocation était une affaire personnelle. On la glissait soigneusement dans son sac, on appelait éventuellement un proche pour lui en parler et on essayait de comprendre ce qui se passait. Aujourd’hui, les choses ont changé. À peine le document entre-t-il en possession de son destinataire qu’il se retrouve déjà sur Facebook, parfois accompagné d’un petit texte bien senti. La convocation est désormais une pièce à conviction destinée à toute la communauté virtuelle.Même scénario avec les démissions. On ne quitte plus simplement un poste, une fonction ou une organisation. On annonce son départ. Mieux, on le met en scène ! Une lettre soigneusement rédigée, quelques formules de remerciement, une phrase sur les principes et les convictions, une petite pique à peine dissimulée et le tour est joué. La publication est prête. Il ne reste plus qu’à attendre les réactions : « Bravo pour votre courage », « Vous avez raison », « Dignité avant tout ! ». Les commentaires deviennent presque une cérémonie officielle de départ.
Sur la toile, cette tendance a notamment pris de l’ampleur dans les séquences de recomposition politique. Certains ont choisi Facebook pour annoncer leur démission, tandis que d’autres ont préféré y exposer leur convocation. Même les départs de fonctions publiques ont parfois pris des allures de communiqués à destination des internautes. À croire que l’administration n’est plus le premier destinataire de certaines lettres.
Mais au fond, pourquoi ressent-on ce besoin de rendre publiques des situations qui, à première vue, relèvent de la vie privée ou professionnelle ? Est-ce pour prévenir une éventuelle manipulation ? Pour se protéger ? Pour montrer qu’on n’a rien à cacher ? Ou tout simplement pour bénéficier de cette petite dose de validation que procurent les réactions sur les réseaux sociaux ?
Il faut reconnaître que tout n’est pas à jeter. Publier une convocation peut parfois permettre de dénoncer une injustice, de rendre compte d’une situation préoccupante ou d’alerter l’opinion. De même, rendre publique une démission peut avoir une portée politique ou symbolique. Mais entre informer et faire du spectacle, la frontière est parfois bien mince.
Le problème, c’est qu’à force de tout exposer, on finit par transformer chaque épisode de son existence en événement public. Mais dans cette course à la transparence, certains semblent oublier que les réseaux sociaux ne sont ni un greffe, ni un bureau du personnel, encore moins un tribunal. Les likes ne valent pas une décision de justice et les applaudissements virtuels ne remplacent pas une procédure administrative.
À chacun sa manière de tourner une page, certes. Mais il n’est pas nécessaire de convoquer toute la toile pour annoncer qu’on a décidé de partir. Parfois, la meilleure publication reste celle qu’on ne fait pas. Et si certaines portes méritent effectivement d’être claquées, encore faut-il savoir les fermer sans nécessairement inviter tout le quartier à assister à la scène.
À ce rythme, on ne vivra bientôt plus les événements pour ce qu’ils sont. On les vivra déjà en pensant à la légende qui accompagnera la publication !
Par Arame NDIAYE


