À chaque dégringolade des cours de matières premières, l’Afrique se rappelle qu’elle est toujours empêtrée dans le piège de la dépendance structurelle aux exportations. La mauvaise passe que traverse actuellement le cacao à la bourse met dans le désarroi les principaux producteurs : notamment la Côte d’Ivoire, leader mondial, et le Ghana. À la bourse de New York, la tonne de fèves a chuté de 6.700 dollars (environ 3,6 millions de FCfa) début octobre 2025 à près de 2.800 dollars (environ 1,5 million de FCfa) en fin février, soit une baisse de près de 58 %. C’est à contrecoeur que le gouvernement ivoirien a été obligé d’ajuster par une baisse de 57 % le prix bord-champ de 2.800 FCfa le kilogramme à 1.600 pour la campagne 2025-2026. « Cette décision n’a pas du tout été prise de gaieté de coeur », confie le ministre de l’Agriculture, Bruno Koné, au moment d’annoncer la mauvaise nouvelle aux producteurs.
La dégradation vertigineuse des prix a entraîné un ralentissement des achats par les opérateurs et une accumulation des stocks de 100.000 tonnes. Le gouvernement ivoirien a joué au pompier auprès des planteurs en dégageant 280 milliards de FCfa pour racheter la fève à 2.800 FCfa le kilogramme, prix de la campagne principale.
En anticipant la commercialisation de 80 % de sa production pour assurer des revenus substantiels aux planteurs, la Côte d’Ivoire croyait bien faire. Mais cette mésaventure boursière relance un débat qui revient à chaque fois sur le tapis : la dépendance critique aux exportations de matières premières de beaucoup de pays africains.
Selon la Zlecaf, 46 pays du continent sur 54 sont vulnérables à la volatilité des prix mondiaux. Les chiffres illustrant cette dépendance aux matières premières inquiètent : plus de 85 % de nos pays exportent plus de 60 % de produits bruts. Cette dépendance accroît leur vulnérabilité aux fluctuations des cours mondiaux, trahissant aussi leur faible résilience économique. L’impact sur les recettes publiques réduit les marges de manoeuvre dans la lutte contre le sous-développement. C’est ainsi que ce qui devait être une richesse se transforme en malédiction.
Pourtant, et c’est là le paradoxe, l’Afrique a fini depuis longtemps de faire le diagnostic de ce mal. Mais elle tarde toujours à apporter le remède : apporter de la valeur ajoutée aux ressources au lieu de les exporter à l’état brut. La transformation sur place des matières premières en produits finis ou semi-finis favorise le développement de l’industrie et par ricochet la création d’emplois.
Cependant, il faut reconnaître que des efforts sont en train d’être faits dans la transformation locale des produits agricoles, même s’ils restent insuffisants. Avec un objectif de 80 % de transformation locale à l’horizon 2030, contre 35 à 40 % environ présentement, la Côte d’Ivoire a atteint une capacité de broyage de 950.000 tonnes de fèves pour une production annuelle moyenne de 2,2 millions de tonnes.
L’autre combat à mener concerne le très dynamique secteur des métaux critiques. À l’heure de la transition énergétique, l’Afrique les exporte notamment vers la Chine, à l’état brut, au lieu de les raffiner ou de fabriquer des produits finis tels que les batteries par exemple. La Bad avait rappelé le risque de manquer encore l’industrialisation si on n’investit pas dans la chaîne de valeur.
Et le seul moyen de rééquilibrer le rapport de force en faveur de la Chine, leader du secteur (60 à 90 % du raffinage mondial des métaux critiques) et de l’Occident, c’est déployer des zones industrielles régionales appuyées par des corridors logistiques, mais aussi des investissements massifs dans les capacités énergétiques par les Ppp pour une montée en gamme technologique et le transfert de compétences, selon la Bad.
Pour le moment, des pays occidentaux s’allient à ceux du Golfe pour acquérir des actifs miniers en Afrique. En attendant, les métaux critiques sont synonymes de pollution environnementale. Sans transformation, le marché de la Zlecaf de 1,3 milliard de consommateurs profitera davantage aux pays industrialisés exportateurs de produits finis.
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