Que ce soient Pascal Boniface ou Henry Kissinger, ils sont unanimes, ces penseurs, à donner au sport une place et un poids importants dans les relations internationales. Depuis plusieurs décennies, le sport, jadis considéré comme une activité de distraction et périphérique, s’est mué en acteur de premier plan sur la scène internationale, jusqu’à en devenir l’un des meneurs de jeu.
Les événements liés aux débordements lors de la finale de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc, avec les glissements observés sur le terrain des relations entre les deux pays, ont ainsi montré que la passion sportive peut déboucher sur des crises.
Aux côtés de pays qui utilisent le sport comme un outil de projection sur le plan international, il y en a d’autres qui en font un instrument pour polir leur image. C’est ainsi que le concept de sportswashing est apparu, dans certains pays du Golfe, mais aussi au Rwanda, souvent cités comme des exemples aboutis.
Cette évolution de la place du sport a conféré à ses organes de gouvernance, au niveau mondial, un poids populaire considérable et surtout des retombées financières colossales. Cette omniprésence de l’argent, conjuguée à la recherche d’influence de certains pays, a parasité la marche de ces organes de gouvernance. Ces dernières années, il était rare d’en trouver qui aient échappé à des scandales à profusion et à des dysfonctionnements à répétition.
Cela a commencé avec la Fifa, qui dirige le sport le plus populaire, le football. En 2015, son équipe dirigeante, avec le Suisse Sepp Blatter, ainsi que le Français Michel Platini, alors président de l’Uefa, ont été sanctionnés par le Comité d’éthique pour de supposés pots-de-vin perçus illégalement, même s’ils ont été finalement acquittés par la justice suisse.
Il y a eu ensuite le dossier de la fédération internationale en charge de l’athlétisme mondial, l’Iaaf, très connue au Sénégal, car mettant en cause notre compatriote Lamine Diack, qui en fut le président de 1999 à 2015.
C’est au Comité international olympique, le Cio, la plus grande organisation sportive mondiale, que les problèmes de bonne gouvernance se sont le plus accentués. L’attribution des Jeux olympiques a souvent été accompagnée d’accusations de corruption. Des cas avérés ont été enregistrés, notamment avec le scandale éclatant lié aux Jeux olympiques d’hiver de 2002 dans la ville américaine de Salt Lake City.
Au football également, la puissante Confédération sud-américaine de football, la Conmebol, n’échappe pas à ces crises cycliques de tension et aux accusations de corruption qui collent aux organisations sportives internationales.
Dans ce tableau sombre, la Confédération africaine de football, la Caf, sous Patrice Motsepe, fait figure de bon élève. Mis à part des accusations d’ingérence ou d’interférence de la Fifa, l’instance dirigeante du football africain a enregistré des résultats encourageants et satisfaisants sur le plan financier. En témoigne le nombre de sponsors et de diffuseurs lors des deux dernières éditions de sa compétition majeure, la Coupe d’Afrique des Nations.
Il lui faudra toutefois trouver des solutions aux problèmes d’arbitrage qui commencent à devenir récurrents dans plusieurs de ses compétitions, notamment la Can et les tournois interclubs.
Face à ces crises cycliques, structurelles et existentielles, à l’image de nombreuses autres organisations multilatérales, ces organes de gouvernance sportive mondiale ont besoin d’un leadership compétent et convaincant, notamment dans les positions et les prises de décision face à des opinions publiques de plus en plus connectées au sport et fortement polarisées.
Il faudra également minimiser la présence de l’argent et surtout se prémunir, autant que possible, contre les interférences de certains pays qui chercheront naturellement à exercer une influence sur ces organes de gouvernance du sport mondial. Sans cela, la méfiance, la défiance et la crise de confiance continueront de s’aggraver.
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