L’analogie de la plume et de la pierre selon les lois de la physique. Un duvet en hauteur oscille, décrit des zigzags capricieux, tantôt porté vers le haut par une brise invisible, tantôt ramené doucement vers le sol ; par contre, une pierre jetée en l’air retombe lourdement, la gravité s’exprimant alors sans nuance. Idem dans les stations d’essence. Quand le cours du pétrole grimpe, ses produits dérivés suivent la même tendance radicale. Quand il revient à ses niveaux précédents, une baisse concomitante n’est pas systématique. En tout cas, on aura été prévenus. Alors que le prix de l’or noir s’envole, porté par la tension au Moyen-Orient et le double blocus du détroit d’Ormuz, l’on se prépare ici à en subir les conséquences. C’est d’abord le Premier ministre, le 8 avril à Mbour, qui annonce des restrictions à venir : « Tous les pays qui nous entourent, tous les pays du monde, y compris les pays les plus développés, ont pris des mesures drastiques ces derniers temps, appliquant soit la vérité des prix, soit des mesures de restriction sur la dépense, mais tous les pays ont appliqué des mesures. Je voudrais vous informer, vous préparer à des situations extrêmement difficiles qui nous attendent », prévenait-il, lors de la clôture de la Semaine de la jeunesse. L’exécutif tablait sur un baril à 62 dollars alors qu’il dépassait les 115 dollars ce jour-là. Bis repetita, comme un rappel quasi liturgique, dimanche dernier à Tivaouane. En marge de la cérémonie officielle de la 96e Ziarra générale de Seydi Ababacar Sy (Rta), le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé a, lui aussi, lancé une alerte. Évoquant « une crise énergétique imminente au Sénégal, caractérisée par une possible augmentation des prix du carburant, en raison des tensions au Moyen-Orient », il a prévenu, tel un veilleur annonçant des temps d’épreuve, qu’un « basculement des prix à la hausse peut se produire dans quelques jours ». Quelques jours plus tôt, le ministère du Plan, de l’Économie et de la Coopération tirait la sonnette d’alarme. Dans son rapport d’avril 2026, il met en évidence une vulnérabilité structurelle, les importations pétrolières représentant « 30 % des importations totales et 12 % du Pib ».
L’exécutif entend donc habituer progressivement les esprits à une réalité économique défavorable, légitimer à l’avance des décisions difficiles, en les inscrivant dans une contrainte externe et désamorcer les réactions sociales en évitant l’effet de surprise. Transports et donc structure des prix, électricité, engrais, commerce et distribution : l’effet de cascade est indéniable en cas de hausse des prix des hydrocarbures. Même si la production pétrolière (Sangomar) et gazière (Grand Tortue Ahmeyim) a débuté, le Sénégal est encore trop dépendant des fluctuations des cours d’une ressource sur lesquelles aucun pays n’a finalement prise directement. Il faut donc s’adapter. Alors que certains pays ayant bénéficié des décennies durant de la manne pétrolière pensent au jour d’après (quand les nappes seront épuisées), la transition énergétique n’entre que timidement dans nos priorités. Certes, le mix est déjà une réalité, mais il n’influe pas encore sur la grande consommation. Selon le rapport de la Stratégie nationale de développement du secteur privé et de promotion de l’investissement, présenté lundi dernier au Collectif des journalistes économiques du Sénégal (Cojes), les principales limites qui plombent le développement des Zones économiques spéciales (Zes) sont, entre autres, le coût élevé de l’électricité. Dans ce contexte, persister dans une dépendance structurelle aux hydrocarbures revient à subir, cycle après cycle, les contrecoups d’un marché mondial instable. Pour un pays comme le Sénégal, la question n’est plus de savoir s’il faut engager la transition énergétique, mais à quelle vitesse et avec quelle détermination. Le potentiel est pourtant là. Généraliser les installations photovoltaïques, tant au niveau des ménages que des infrastructures publiques et industrielles, permettrait non seulement de réduire la facture énergétique. De même, l’électrification progressive du parc automobile constituerait un levier décisif pour diminuer la dépendance aux carburants importés. Cependant, l’enjeu n’est pas simplement d’augmenter les capacités en renouvelables, mais d’assurer leur bonne intégration dans le réseau. Quelle que soit la manière dont on aborde le problème, le statu quo n’est plus tenable.
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