Elles n’ont pas de mandat électif, mais elles incarnent, dans l’imaginaire collectif, le pouvoir de l’ombre, voire un pouvoir discret. Elles, ce sont les Premières dames qui occupent de plus en plus, dans notre pays, l’espace médiatique et marquent leur territoire.
Elles s’affichent, dépassant le rôle de l’épouse effacée pour visibiliser la fonction majeure qu’elles jouent au sein de la société, voire de la Nation. Le Sénégal se familiarise, ces dernières années, avec ces First Ladies, une expression provenant des États-Unis, qui se mettent en première ligne, cultivent la proximité avec les populations et dépassent la simple représentation protocolaire. Elles exercent une influence politique ou symbolique. Dans une réflexion intitulée « Marième Faye Sall : rôles et répertoires symboliques de la Première dame du Sénégal », les chercheurs sénégalais Ibrahima Sarr et Mouminy Camara parlent des évolutions remarquables de cette fonction notées ces dernières années.
Parce qu’elle n’est pas élue, les prérogatives de la Première dame ne sont pas définies par les textes. Pourtant, elle a fini par démontrer sa capacité à jouer un rôle de premier plan et à rehausser l’image de marque de notre pays. Les interventions pertinentes des actuelles Premières dames, Marie Khone Faye et Absa Faye, dans de grandes tribunes, en sont l’illustration. Les First Ladies osent de plus en plus se positionner dans les cercles de pouvoir. C’est le cas de l’ancienne Première dame Marième Faye Sall. Elle a accompagné son mari durant ses douze ans à la tête du pays (2012-2024). Sa présence récente à Dakar a d’ailleurs été déterminante dans l’accueil triomphal réservé à son époux.
Durant ses deux mandats, elle a eu le courage de rompre avec une symbolique : celle de l’épouse dévouée qui se contente de marquer une présence soutenue lors de dîners d’État ou de s’occuper de la résidence présidentielle. Comme d’autres, elle a su s’engager dans le bénévolat, la santé, l’éducation ou l’humanitaire, et montrer qu’une femme propulse aussi son homme au sommet. Elle a apporté une touche novatrice, même si ses prédécesseures incarnaient également, dans l’imagerie collective, une « force tranquille ». Dans leurs réflexions, Ibrahima Sarr et Mouminy Camara montrent, à travers l’exemple de Colette Senghor (1960-1980), l’image d’une femme inspirée par la discrétion de la vie publique française. Elle est restée en retrait des affaires politiques de l’État.
Première à investir le terrain caritatif avec la création de la fondation Solidarité-Partage en 1992, Élisabeth Diouf (1981-2000) a su aussi marquer son empreinte en valorisant l’image de la femme discrète « portant le pagne africain ». Viviane Wade, son successeur d’origine française, se présentant comme une « Sénégalaise d’ethnie tubaab », a participé activement, de 2000 à 2012, aux combats politiques menés par son mari. À travers sa fondation « Agir pour l’Éducation et la Santé », elle a su donner à ses œuvres caritatives une forte résonance politique, lui conférant une influence directe sur la gouvernance, selon les deux auteurs précités. À son tour, Marième Faye Sall a modifié la perception élitiste de cette fonction en apportant au Palais une touche purement sénégalaise.
« L’étude, parue en 2004, indique qu’il n’existe pas de typologie unique, tant leurs parcours et leurs rôles sont variés »
À travers sa fondation « Servir le Sénégal » et un langage symbolique, elle est parvenue à construire et consolider l’hégémonie de son époux, le président Macky Sall. « Il est clair que sa fondation contribue indirectement à donner une certaine visibilité ou lisibilité à l’action politique du président Macky Sall », souligne le texte qui lui est dédié. Pour certains analystes, l’enjeu pour une Première dame est souvent de soutenir discrètement la stratégie politique de son mari, tout en gardant une neutralité apparente sur la scène politique partisane.
Dans une autre réflexion intitulée « Premières dames en Afrique : entre bonnes œuvres, promotion de la femme et politiques de la compassion », Christine Messiant et Roland Marchal analysent le rôle, la représentation et l’évolution des Premières dames africaines dans le contexte politique, social et international contemporain. L’étude, parue en 2004, indique qu’il n’existe pas de typologie unique, tant leurs parcours et leurs rôles sont variés. Si des figures comme Simone Gbagbo, Rosine Soglo, Janet Museveni ou Lucy Kibaki illustrent la diversité des stratégies, les attentes sociales renvoient encore et toujours à la place de la femme dans le couple, la société et la politique.
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