L’affaire impliquant la fille de Mame Mactar Guèye, vice-président de l’Ong Jamra, continue de susciter une vive émotion dans l’opinion. Avant-hier, lors d’une émission matinale diffusée sur une chaîne de télévision locale, un animateur introduisait le sujet par cette formule : « l’arroseur arrosé », en référence au dossier mettant en cause F.B. Guèye ainsi que trois autres personnes, dont deux ressortissants nigérians. Ils ont été interpellés par la gendarmerie dans le cadre d’une enquête portant notamment sur une association de malfaiteurs, un trafic de drogue et des actes contre-nature.
Une telle présentation appelle néanmoins une réflexion. En droit, la responsabilité pénale est strictement individuelle. Les poursuites engagées contre une personne ne sauraient, par elles-mêmes, engager la responsabilité d’un parent, d’un conjoint ou d’un proche, quelle que soit sa notoriété. Mame Mactar Guèye ne fait l’objet d’aucune procédure dans cette affaire et ne peut être tenu juridiquement responsable des faits reprochés à sa fille.
L’expression « l’arroseur arrosé » renvoie traditionnellement à une personne victime du retournement de ses propres manœuvres, d’un effet boomerang provoqué par des actes qu’elle avait elle-même engagés contre autrui. Son emploi dans ce contexte peut donc prêter à discussion. En titrant, par exemple, « Mame Mactar Guèye : la faillite d’un procureur des mœurs ou l’arroseur arrosé », certains commentaires établissent un parallèle entre le combat public du responsable de Jamra et les déboires judiciaires de sa fille. Cette lecture relève davantage d’une interprétation morale que d’une démonstration juridique. Il convient d’ailleurs de rappeler que Mame Mactar Guèye ne s’est jamais prévalu de la qualité de « procureur des mœurs ». Cette fonction appartient exclusivement au ministère public. À travers leurs alertes, leurs plaintes ou leurs interventions dans le débat public, lui et les responsables de Jamra affirment poursuivre un objectif de défense de la morale, de la religion et des valeurs culturelles sénégalaises qu’ils estiment menacées. Leurs initiatives s’inscrivent, selon eux, dans une démarche de sensibilisation et s’accompagnent systématiquement d’un recours aux autorités judiciaires compétentes, plutôt qu’à une quelconque justice privée.
La réaction de Mame Mactar Guèye mérite également d’être relevée. Loin de chercher à soustraire sa fille à la justice, il a publiquement demandé que la loi s’applique « dans toute sa rigueur, sans faiblesse et sans deux poids, deux mesures », y compris à son encontre si les faits étaient établis. Cette position est cohérente avec les principes qu’il défend depuis plusieurs années dans l’espace public.
Pour autant, les réactions suscitées par cette affaire ne sont pas dénuées de toute logique. Depuis des années, Mame Mactar Guèye occupe une place centrale dans les débats relatifs aux questions de morale publique. Ses prises de position, souvent fermes et très médiatisées, lui ont valu autant de soutiens que de critiques. Dès lors, lorsqu’un drame touche son cercle familial, certains y voient une forme d’ironie du destin. Ce rapprochement peut s’expliquer sur le plan du débat public. Il ne doit cependant pas conduire à effacer un principe fondamental de l’État de droit : chacun répond uniquement de ses propres actes.
C’est précisément sur ce terrain que le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored) est intervenu dans son communiqué du 22 juillet 2026. En se référant au Code de la presse et à la Charte des journalistes du Sénégal, l’instance a rappelé que si la qualité ou les fonctions d’un parent peuvent être mentionnées lorsqu’elles présentent un intérêt informatif, elles ne sauraient justifier que celui-ci soit tenu pour responsable des actes reprochés à un tiers. Le Cored a également mis en garde contre les risques de stigmatisation sociale résultant d’une telle confusion. Au-delà de la polémique médiatique, cette affaire rappelle les limites de l’autorité parentale. Aucun père, aucune mère, ne peut garantir les choix qu’effectuera un enfant devenu majeur et responsable de ses actes. L’éducation façonne des repères, transmet des valeurs et construit une conscience, mais elle ne prive jamais un individu de son libre arbitre. La célébrité expose inévitablement les familles au regard du public. Elle ne saurait, pour autant, remettre en cause un principe essentiel de toute société de droit : la responsabilité pénale demeure personnelle.
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