À quoi bon en rajouter alors que, depuis plus de 24 heures, les avis, des plus experts aux plus hilarants et choquants, se font entendre sur cette décision kafkaïenne de retirer le trophée de la dernière Coupe d’Afrique des nations (Can) au Sénégal au profit du Maroc, pays organisateur, après un match de « 120 minutes de jeu et deux mois de temps additionnel », comme ironisent certains ? Juste quelques élucubrations sur cette décision malvenue qui va encore secouer le monde du football.
La première est que le Maroc n’en avait pas besoin. Il aurait dû faire preuve de fair-play et mieux se préparer pour de futures échéances. Nous dénoncions, dans ces mêmes colonnes, la prise en otage de 18 de nos supporters après la perte de la finale et craignons qu’il y ait là un dangereux précédent. La décision de la Caf, une « honte », un « scandale », est dénoncée dans le monde entier par des professionnels du football et du droit, avec en toile de fond des soupçons de corruption et de concussion. Déjà, les relations entre le royaume chérifien et le Sénégal connaîtront un avant et un après CAN. Surtout, la perception et la tolérance du Maroc par bon nombre de Subsahariens prendront une autre tournure, tant il est vrai que ce pays est tombé trop bas pour un trophée qu’il n’a pas su mériter sur le terrain.
Un match de football se gagne sur le terrain. Les Lions du Sénégal ont montré, durant toute la compétition d’ailleurs, qu’ils avaient le cran et le mérite de remporter la Coupe. La joie, l’émotion, la gloire de la victoire au moment M ne peuvent être procurées par une décision administrative ou judiciaire. Nous, Sénégalais, avons déjà goûté aux délices, à l’ivresse, au nectar et au jasmin de cette victoire, en cette folle soirée du 18 janvier, prolongée dans les premières heures du 19 janvier. Les souvenirs et les images de cette nuit folle resteront pour l’éternité dans le miroir du temps qui nous renvoie toutes nos actions. Aussi, nous nous plaisons à dire qu’on remette ce trophée au Maroc, pourvu qu’il nous rende nos compatriotes qui n’ont eu tort que d’être sur place et d’avoir harangué leurs champions. Le Maroc devrait néanmoins tirer toutes les leçons de cette parenthèse qui sonnera comme une date dans la reformulation de nos relations.
Il ne peut certes être reproché au Maroc la défense de ses intérêts, selon la célèbre formule du général de Gaulle, mais il est des décisions qui entraînent des ruptures profondes dans les relations. La récente sortie du ministre sud-africain des Sports, Gayton McKenzie, était déjà une forte réaction face aux tergiversations du Maroc sur la Can féminine, initialement programmée du 17 mars au 3 avril, dans le sillage de sa défaite à la Can masculine. « Est-ce que tout le monde doit souffrir parce que le Sénégal a gagné la Can masculine ? Si le Sénégal n’avait pas remporté la finale, serions-nous encore dans cette incertitude ? », s’était-il interrogé. La compétition est reprogrammée en juillet et août prochains. Face aux hésitations du Maroc, qui n’avait pas pu digérer sa défaite contre le Sénégal, l’Afrique du Sud n’avait pas tardé à faire entendre sa voix, avec ce coup de théâtre à la clé. « Si le Maroc est prêt à accueillir la Can féminine après une Can réussie, qu’il le fasse. S’il ne l’est pas, nous voulons lui dire que nous avons des stades et que nous ne sommes pas un pays moins bien doté en infrastructures », avait encore tonné le ministre, alors que de nombreuses sélections étaient en préparation.
Nous ne parlons pas délibérément de la Confédération africaine de football (Caf) qui, comme nombre d’organisations internationales ou de puissances d’argent et d’influence, reste un repaire de mafieux pour certains de ses membres. Mais dans un monde soumis plus que jamais aux pouvoirs de l’argent et à la loi du plus fort, il en est d’honnêtes qui inspirent. Il en est ainsi du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez qui, non content d’avoir régularisé près d’un million d’étrangers, s’érige aujourd’hui en défenseur de l’ordre et du droit international. Coup de cœur pour ce Premier ministre, qui s’explique par ses positions fortes dans un monde tourmenté et qui se déshumanise. « Vous n’avez pas le droit de soutenir ceux qui mettent le monde en feu puis de vous plaindre de l’incendie qui en résulte », disait-il récemment pour s’insurger contre la guerre menée par l’Amérique et Israël contre l’Iran.
Il avait motivé son refus de soutenir la coalition israélo-américaine par le respect du droit international, que les États-Unis, ceux-là mêmes qui en avaient fait le fondement du système international depuis 1919, méprisent aujourd’hui. La fermeté de l’Espagne contraste avec l’attitude de la France, qui s’accommode des attaques américano-israéliennes, ou encore celle de l’Allemagne, qui adopte une réserve prudente. Déjà, Madrid a défendu les Palestiniens sans crainte de Benyamin Netanyahou dès le début de la guerre dévastatrice lancée par Israël à Gaza après le 7 octobre 2023. Méditons encore ces propos de Pedro Sanchez : « Vous ne pouvez pas aggraver les choses et en même temps dire : nous sommes en train de brûler. » Valable pour les coalitions maroco-cafkaïenne et israélo-américaine.
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