Après avoir été éliminé par la Belgique en 16e de finale de la Coupe du monde 2026, le Sénégal a décidé de se séparer de Pape Thiaw et de tout son staff technique. Maintenant que ce dossier est évacué, reste à faire le plus dur : trouver un successeur, et surtout, avec quel profil ?
1. Un pompier avant d’être un stratège
La première urgence n’est pas tactique, elle est psychologique. Une sélection qui s’effondre en cinq minutes après avoir mené par deux buts d’écart ne souffre pas d’un problème de plan de jeu, elle souffre d’un problème de tête. Le prochain sélectionneur devra donc savoir faire ce que peu de très grands techniciens savent faire : recoller les morceaux vite, sans staff installé, sans temps mort, dans un climat où la presse et l’opinion publique sénégalaises ne pardonnent plus rien. Ce n’est pas un poste pour quelqu’un qui a besoin de six mois pour poser ses idées. C’est un poste pour quelqu’un capable de produire un électrochoc positif dès le premier rassemblement.
2. Un calendrier qui ne laisse aucun répit
Le Sénégal entre quasi immédiatement dans le cycle des qualifications pour la Can 2027, dont la Caf a déjà dévoilé le format. Pas de répit, pas de tournée de matchs amicaux sans enjeu pour observer tranquillement : le nouveau sélectionneur devra composer un groupe compétitif dans l’urgence, avec des joueurs encore marqués par l’élimination mondiale et une CAN à défendre en tant que tenant du titre. C’est un profil de gestionnaire de crise plus que de théoricien : il faut être opérationnel à la première trêve internationale, pas à la troisième.
3. Remobiliser un vestiaire fracturé
Plusieurs échos évoquent un climat interne dégradé pendant le Mondial, des tensions de clans, une gestion humaine questionnée. D’ailleurs, le président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf) l’a admis dans une conférence de presse lunaire. Le successeur de Pape Thiaw héritera donc d’un groupe à souder avant même de parler football : rétablir la confiance entre les cadres, calmer les égos, redonner un sens collectif à une génération qui a pourtant gagné une Can ensemble il y a quelques mois à peine. C’est là que le profil d’un ancien international, connaissant intimement les codes du vestiaire sénégalais, prend tout son sens. Alors qu’un technicien étranger, aussi brillant soit-il, devra d’abord apprendre à connaître les hommes avant de les diriger.
4. Le dossier le plus sensible : la jeunesse
Sadio Mané a 34 ans et a vraisemblablement disputé son dernier grand tournoi sous le maillot national. Kalidou Koulibaly, Idrissa Gana Gueye et une partie de l’ossature qui a fait les grandes heures des Lions ne rajeunit pas non plus. Le prochain sélectionneur ne pourra pas se contenter de gérer l’instant : il devra ouvrir, dès ses premières convocations, la porte à la génération qui a porté les sélections de jeunes ces dernières années, sans pour autant sacrifier la compétitivité immédiate qu’exige une Can à défendre. C’est l’équation la plus délicate du cahier des charges : oser lancer les jeunes sans perdre les matchs qui comptent, gérer une transition générationnelle en temps réel plutôt que sur un cycle de quatre ans.
5. Que faut-il changer ?
Au-delà des hommes, le Mondial a mis en lumière des failles structurelles : un point d’interrogation permanent dans les buts en l’absence de Mendy, une capacité à tenir un résultat en fin de match qui a cruellement manqué face à la Belgique, et une identité collective qui s’est parfois dissoute dans l’urgence. Le prochain sélectionneur devra donc apporter une vraie colonne vertébrale tactique : une gestion du money-time enfin maîtrisée, une hiérarchie clarifiée dans les cages, et un style de jeu qui ne dépende pas uniquement de l’état de forme individuelle de deux ou trois joueurs offensifs. D’ailleurs, Pape Thiaw avait réussi à mettre en place un collectif fort capable de marcher sur n’importe quel adversaire. En résumé, le successeur idéal de Pape Thiaw n’est ni un pur théoricien du jeu ni un simple gestionnaire d’égo.
C’est un profil hybride : suffisamment expérimenté pour être opérationnel immédiatement face au calendrier resserré des qualifications, suffisamment proche du vestiaire pour recoller une équipe fracturée, et suffisamment audacieux pour ouvrir la porte à la nouvelle génération sans sacrifier les résultats à court terme. Sur le papier, deux pistes évoquées dans la presse illustrent bien ce dilemme. Un profil comme celui d’un technicien expérimenté du football africain rassure par son vécu, mais son coût pourrait peser sur une fédération déjà fragilisée financièrement, et son détachement du vestiaire sénégalais pourrait ralentir la phase de remobilisation. À l’inverse, un ancien Lion incarnerait la connexion immédiate avec le groupe et l’enthousiasme populaire. Le choix de la Fsf, attendu dans les prochaines semaines, en dira long sur l’ambition à avoir sur les prochaines échéances.

