Un mois après le déclenchement du conflit, le bilan est lourd : bombardements, morts et blessés se succèdent, sans qu’une défaite des gardiens de la révolution iranienne ne se profile.
L’Iran ne se contente pas de résister : il fait preuve d’une résilience remarquable, ripostant et semant désarroi et inquiétude en Israël ainsi que dans plusieurs pays du Golfe abritant des bases militaires américaines.
Donald Trump, qui ambitionnait de mettre fin à la guerre en deux semaines, se retrouve ainsi en difficulté. Son revers apparaît retentissant. Ses déclarations affirmant que les Iraniens seraient « vaincus » ou « totalement anéantis », et qu’ils le « supplient de signer un accord », semblent en décalage avec la réalité du terrain. Elles traduisent un malaise croissant au sein du camp républicain. Dans ce contexte, certains médias avaient, dès les premières semaines, exprimé des réserves. Le 13 mars, Cnn publiait ainsi un article mettant en doute la préparation de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran.
La chaîne y soulignait notamment une possible sous-estimation, par Washington, de la capacité de réaction iranienne, en particulier concernant le détroit d’Ormuz, un point de passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures. Ledit article évoquait également les conséquences économiques du conflit, avertissant qu’il faudrait plusieurs semaines pour que les mesures prises par l’administration américaine produisent des effets face à une crise appelée à s’aggraver.
À l’époque, ces analyses avaient été fermement contestées par le Pentagone et la Maison-Blanche, qui accusaient la chaîne de partialité. La porte-parole Karoline Leavitt dénonçait alors des « médias mensongers » cherchant à discréditer le président et son administration. Un mois plus tard, la situation semble confirmer certaines de ces inquiétudes. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, perturbent les chaînes d’approvisionnement et alimentent une hausse significative des prix de l’énergie, pesant sur l’économie mondiale.
Conséquence : les pressions inflationnistes s’accentuent à l’échelle internationale, nourrissant un climat d’incertitude économique. Face à cette escalade, les interrogations se multiplient quant à l’issue du conflit. La stratégie américaine est de plus en plus remise en question, y compris dans plusieurs grands médias occidentaux, où les analyses critiques se font plus nombreuses. Certains évoquent une perte de contrôle, d’autres une impasse stratégique. Invité sur Lci, le politologue Dominique Moïsi, conseiller spécial à l’Institut Montaigne, a livré une analyse particulièrement sévère de la gestion américaine de la crise, pointant les limites de son approche face à un acteur iranien expérimenté dans les rapports de force et la négociation. « D’un côté, il y a des amateurs : les Américains.
De l’autre, il y a des professionnels : les Iraniens. On peut détester le régime, mais même Trump a reconnu leur habileté dans la négociation. Ce qui est frappant, c’est le spectacle que donne la diplomatie américaine ». Au-delà des prises de position tranchées, un constat semble s’imposer : la couverture médiatique occidentale évolue. Progressivement, elle s’éloigne d’une lecture unilatérale du conflit, contrainte par la réalité du terrain à reconnaître la complexité de la situation et la montée en puissance de l’Iran.
abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

