La Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (Fildak) a fait son retour du 15 au 19 octobre, sept ans après la dernière édition. Une éternité pour les férus de livres.
Parcourir les allées entre les stands procure un sentiment ineffable. En effet, pour les amoureux de la lecture, rien ne remplace le plaisir de retrouver un livre, d’en feuilleter les pages et de plonger dans son univers. Aucune avancée technologique n’égale cette sensation.
Le contact avec le papier crée une proximité particulière avec l’auteur, le sujet et les personnages. Une fois happé par le récit, le lecteur se laisse emporter comme dans un train lancé à grande vitesse. Le paysage défile, les émotions s’enchaînent et l’on finit par redouter l’arrivée en gare, tant le voyage est captivant, surtout lorsqu’on n’est pas sûr de pouvoir remonter dans un autre train aussi envoûtant.
C’est l’une des grandes forces du roman, par exemple : nous détacher du réel pour nous transporter dans un autre monde qui n’est pourtant jamais totalement étranger au nôtre. Car la fiction est souvent le miroir de nos propres réalités, même lorsqu’elle les transforme ou les embellit.
Un roman n’est donc jamais une pure invention, coupée de toute expérience humaine. Il puise toujours, d’une manière ou d’une autre, dans le réel. Et plus son sujet rejoint les préoccupations du lecteur, plus il a de chances de le toucher.
À l’inverse, lorsqu’un récit ne trouve aucun écho dans l’expérience de celui qui le lit, le lien devient difficile à établir. C’est un peu comme se retrouver devant une vitre sans tain : on distingue une surface, mais on ne s’y reconnaît pas. Le tain faisant le miroir.
Cette proximité avec le réel explique en partie le succès durable de plusieurs grands classiques de la littérature africaine. Nombre de ces œuvres, publiées à la fin de la période coloniale, dans les premières années des indépendances, voire dans les années 1970 et 1980, ont profondément marqué les lecteurs parce qu’elles racontaient leur époque, leurs contradictions et leurs espoirs.
Très souvent, ces auteurs, qu’ils soient sénégalais ou originaires d’autres pays du continent, n’ont pas eu besoin de multiplier les publications pour marquer durablement la littérature. Cheikh Hamidou Kane, Seydou Badian, Mongo Beti, Aminata Sow Fall, Ferdinand Oyono, Bernard Dadié, Mariama Bâ, Ahmadou Kourouma, Chinua Achebe… en sont de parfaits exemples. Leurs premières œuvres ont suffi à leur assurer une place de choix dans notre patrimoine littéraire.
À cette liste s’ajoutent Yambo Ouologuem et Malick Fall. Ce dernier, moins connu que certains de ses contemporains, a pourtant signé, avec « La Plaie », un roman remarquable par la puissance de sa description, son rythme et la beauté de son écriture.
À la lecture, on est frappé par la justesse avec laquelle l’auteur restitue les réalités humaines et sociales qu’il dépeint. Dans le contexte de 2026, certains pourraient même croire que ce chef-d’œuvre a été écrit par une intelligence artificielle.
Cette capacité à captiver le lecteur se retrouve également dans « La Vie en spirale », d’Abasse Ndione. Le récit nous happe dès les premières pages et ne nous lâche qu’à l’excipit.
Plus de soixante ans après leur parution, certains de ces ouvrages continuent de figurer parmi les références incontournables des librairies. Un constat qui soulève la question de la relève.
Quelques auteurs, comme Fatou Diome et Mohamed Mbougar Sarr, ont contribué, ces dernières années, à entretenir la flamme et à renouveler l’intérêt pour les lettres africaines. Mais leurs succès semblent encore trop isolés au regard du nombre de publications qui paraissent chaque année à un rythme soutenu.
Pourtant, beaucoup de livres sombrent dans l’oubli une fois la cérémonie de dédicace terminée. Comment expliquer ce décalage entre l’abondance des publications et la faible longévité de nombre d’entre elles ?
Certes, nous lisons de moins en moins, mais cette explication ne suffit pas. La question du contenu mérite également d’être posée. Trop de livres peinent à établir un lien avec les préoccupations quotidiennes des lecteurs.
Les thèmes abordés, les personnages et les situations décrites ne suscitent pas toujours ce sentiment de reconnaissance qui donne envie de poursuivre la lecture et d’en parler autour de soi.
Car, au fond, tout se joue dès les premières lignes d’un livre. Si l’incipit n’accroche pas, il devient difficile d’espérer que le lecteur aille jusqu’à l’excipit.
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