Entre les pays du Mano River, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, la semaine dernière n’a pas été de tout repos, avec des divergences frontalières. Suite à des échauffourées au niveau des frontières entre la Guinée et la Sierra Leone, il a été noté un regain de tension, jusqu’à ce que le président guinéen Mamadi Doumbouya organise une mise en scène avec des chefs militaires, à travers une remise de drapeau pour « défendre la patrie ».
Cela a ainsi envenimé, en l’espace de quelques jours, les relations entre ces deux pays, jusqu’à ce que, le 16 mars dernier, un sommet extraordinaire soit organisé à Conakry entre les pays du Mano River pour apaiser les bisbilles frontalières. Ainsi, les chefs d’État de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone ont réaffirmé leur volonté d’apporter une réponse diplomatique aux différends qui les opposent à propos de la gestion des espaces frontaliers. « Les trois chefs d’État ont réitéré leur attachement indéfectible aux principes de souveraineté, d’inviolabilité des frontières et d’intégrité territoriale », dixit le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté. En Afrique de l’Ouest, cette zone dite du Mano River a toujours été une zone de tension. Dans les années 1990, la plus grande menace de la sous-région venait des pays de l’Union du fleuve Mano, Libéria, Sierra Leone, Guinée, avec des rébellions sanglantes et des coups d’État répétitifs et retentissants.
Ces conflits ont été marqués par l’exploitation minière comme importante source de financement des groupes rebelles, avec le phénomène des « blood diamonds », les diamants du sang. Aujourd’hui, beaucoup de ces pays commencent à sortir la tête de l’eau, avec une vague de démocratisation, malgré quelques soubresauts. Les tensions au Libéria et en Sierra Leone, dans les années 1990, ont aussi constitué un moment d’expérimentation des premiers déploiements militaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la Cedeao. Dans le domaine des opérations de maintien de la paix, la création de l’Ecomog, la force de maintien de la paix de la Cedeao au Libéria en 1991, est ainsi considérée comme un laboratoire, point de départ de ce que l’on appelle les forces régionales.
Dans le cadre de la guerre du Libéria, cette force ouest-africaine, composée essentiellement de militaires nigérians et sénégalais, s’est davantage apparentée à une force d’imposition de la paix qu’à une opération de maintien de la paix. Elle a commencé son intervention sans solliciter l’autorisation du Conseil de sécurité, qui ne lui fut accordée que plus tard. En 1996 également, l’Ecomog a été de nouveau déployée en Sierra Leone, avec l’appui et le consentement des autorités sierra-léonaises. L’Ecomog a reçu l’appui du Conseil de sécurité sous forme de la résolution 1132 de 1997 portant embargo sur les armes à destination de la Sierra Leone. C’est dire tout le chemin parcouru par le Libéria et la Sierra Leone pour devenir des havres démocratiques, avec des transitions politiques marquées par des alternances.
C’est le cas du Libéria, où l’ancien footballeur George Weah a été battu aux élections de 2024 par Joseph Boakai, devenu ainsi le quatrième président élu démocratiquement du Libéria après la fin de la guerre civile et le début du processus de démocratisation. Il est crucial, et même vital, pour la zone du Mano River, de préserver cette stabilité qu’elle connaît depuis deux à trois décennies et de refuser de tomber dans des susceptibilités liées aux tracés des frontières, réglés depuis par l’Organisation de l’unité africaine, ancêtre de l’Union africaine, avec son principe intangible de respect des frontières héritées de la colonisation. oumar.ndiaye@lesoleil.sn


