Alors qu’au départ, l’agression russe contre l’Ukraine avait comme dénomination « d’opération militaire spéciale », les attaques russes contre son voisin, démarrées dans la nuit du 24 février 2022, se poursuivent toujours. Si dans l’esprit des dirigeants de Moscou, une guerre-éclair ou « Blitzkrieg » était envisageable pour en finir, la réalité du terrain militaire est tout autre aujourd’hui après plus de quatre années de conflit. Conçue comme une action extérieure plutôt qu’un conflit à grande échelle touchant l’ensemble de la société, l’opération militaire spéciale russe, au-delà de devenir la guerre de haute intensité en Europe, a aussi révélé de manière vivace et tenace que le brouillard de la guerre, concept développé par l’un des plus grands penseurs de ce domaine, Carl von Clausewitz, est une réalité.
Ce dernier désigne l’état d’incertitude permanente, de confusion et de manque de visibilité qui enveloppe l’action militaire sur le terrain. Puissance militaire et aussi nucléaire de grande envergure, la Russie n’a toujours pas réussi depuis le début de son opération militaire spéciale en Ukraine, à obtenir des gains tactiques sur le terrain et ainsi les transformer en avantages stratégiques. En plus de remettre en cause plusieurs théories sur l’avantage numérique et symétrique, cette guerre a aussi montré de l’importance de l’innovation comme moteur des dynamiques conflictuelles actuelles. Avec une stratégie asymétrique fondée sur l’innovation technologique et l’usage massif de drones, la résistance ukrainienne a ainsi développé une résilience à toute épreuve. Ainsi pour compenser ses désavantages en artillerie estime à 7 contre 1 en faveur de l’ogre russe et en blindée, les recours massifs aux drones ont permis aux forces ukrainiennes de détruire des chars et des positions ennemies à bas coût.
Cet usage de technologies low cost est aujourd’hui une nouvelle donne dans les conflits modernes. L’accès facile à ces outils compense ainsi l’asymétrie militaire, empêchant les États, ont plus de moyens dans ce domaine, d’avoir des gains tactiques. La guerre russo-ukrainienne est en le meilleur exemple. C’est surtout sur le plan naval que l’utilisation des drones a plus donné satisfaction à l’Ukraine. Ne disposant pas d’une marine conventionnelle, l’utilisation de drone de navals de surface et de sous-marins a permis à l’Ukraine de neutraliser et de repousser la frotte russe, sécurisant ainsi ses couloirs d’exportation maritime. La résistance ukrainienne a ainsi démontré qu’il est important d’aller vers une souveraineté technologique avec des investissements conséquents dans la production et l’innovation technologique locale, la cyberguerre, la guerre électronique afin de ne pas dépendre uniquement des solutions militaires conventionnelles. Comme l’a montré le conflit russo-ukrainienne, la technologie peut faire la différence et donner une certaine avance sur le théâtre des conflits. Avec les drones low-cost, la suprématie militaire peut être mitigée avec des engins de moindre coût qui peuvent réduire l’efficacité d’outils de haute technologie dont les prix avoisinent le million de dollars. Le facteur le plus important et signifiant sur les leçons ukrainiennes, c’est surtout la transformation de la société de ce pays avec la résilience quotidienne des populations civiles qui est devenue le véritable rempart de la souveraineté nationale.
« Ce ne sont point les pierres qui sont les remparts de la société, mais les hommes ». Cette citation attribuée à Thucydide, auteur de « La Guerre du Péloponnèse », rappelle que ni les fortifications les plus sophistiquées ni la technologie militaire la plus avancée ne suffisent à garantir la survie ou la résilience d’une nation sans la cohésion morale, la volonté de résistance et l’engagement des hommes et des femmes qui la composent. Une des leçons de la résistance et de la résilience ukrainienne… oumar.ndiaye@lesoleil.sn

