Leurs prestations sont toujours très suivies lors de la célébration de la fête de l’Indépendance dans notre pays. Avec leur fière allure, elles allient grâce, discipline et confiance en soi. Elles ont ce don de susciter de fortes émotions au sein du public et de projeter une image forte de la femme qui concilie modernité et tradition, touche artistique et potentiel intellectuel, beauté et intelligence.
Ces majorettes ont su s’inscrire, au lendemain des indépendances, dans la dynamique de construction de notre jeune Nation. Des troupes de l’Institution Notre-Dame de Dakar aux ambassadrices du Lycée John F. Kennedy en passant par la nouvelle génération, ces figures de proue ont su briser les codes et déconstruire les mentalités. Sélectionnées pour l’excellence de leurs résultats scolaires, elles prouvent aussi que la performance intellectuelle n’exclut pas la maîtrise artistique et que la confiance en soi est un atout à développer.
Elles livrent aussi une belle leçon. L’adage « Sois belle et tais-toi » est dépourvu de sens ou, du moins, n’a pas droit de cité. Leur présence a toujours conféré un caractère majestueux à la fête. Leur passage constitue l’un des moments les plus attendus des défilés. Pour cette édition, elles ont su frapper fort et faire de nouveau honneur à la Nation dans le cadre de la commémoration des 66 ans d’indépendance du pays.
Les jeunes majorettes de l’Académie privée des Lettres et Sciences (Aples) ont marqué un coup de génie à travers un message de soutien aux 18 supporters sénégalais détenus au Maroc depuis la finale de la Coupe d’Afrique des nations (Can). Elles ont orienté les esprits vers des urgences citoyennes.
Il en est de même pour la troupe des majorettes du Lycée Malick Sy de Thiès, qui a ouvert le défilé civil. Elles aussi ont séduit par leur féminité, leur chorégraphie et leurs mouvements bien synchronisés. Elles rappellent également une vérité. Qu’elles accordent ou non une importance à l’esthétique, les femmes seront toujours au début et à la fin de tout processus de développement. Elles feront toujours montre de leur capacité à déployer leur élégance, leur génie et à participer à la beauté visuelle du décor.
La technicité des majorettes, qui se manifeste, entre autres, à travers le maniement du bâton, en dit long sur les capacités de la gent féminine à s’adapter aux différents enjeux. Leur posture fait écho aux propos de la spécialiste en anthropologie de la littérature orale, Sarah Roubato, auteure du site littéraire « Je ne suis pas une femme qui écrit ».
Dans sa réflexion sur l’expression « sois belle et tais-toi », elle indique que « sur scène, tout est affaire de séduction ». Elle va plus loin dans ses explications : « On séduit avec la vérité qu’on fait passer à travers soi. On séduit avec ses talents de comédie, d’émotion, de précision du geste, de grâce, d’expression, de justesse…
Mais on touche, on touche vraiment avec sa fragilité… Parce que la technique est maîtrisée, parce que le travail est fait, parce que le cadre est là. Et quand elle est assumée, cette fragilité devient un vrai charisme, avec l’autorité de ces petites choses fragiles qu’on aurait peur de briser d’un souffle, et qui font que, d’un coup, une salle retient sa respiration ».
Parce qu’elles ont cet art de convaincre et de séduire, les majorettes captivent et apportent une touche particulière à un défilé solennel. Elles démontrent aussi que la beauté d’une femme n’est pas un élément réducteur. Loin d’être des objets d’excitation pour les hommes ou des sujets en quête de validation, elles expriment une beauté qui se renforce en mettant en relief une indépendance de pensée et d’opinion, sans s’enfermer dans les seuls standards esthétiques.
En effet, elles sont nombreuses, les féministes, à militer contre « l’objectification de la femme, voire la sexualisation du corps ». Comme d’autres, elles s’insurgent contre l’idée qu’une femme, parce qu’elle est simplement belle, souffrirait d’une inadéquation intellectuelle.
Pour d’autres, la précision est de taille : si les féministes appartiennent à différents courants de pensée en raison de la pluralité du mouvement, la plupart ne rejettent pas la mise en valeur de la beauté féminine ou l’expression de la féminité. Elles s’élèvent plutôt contre la réduction d’une femme à son apparence physique, surtout dans un contexte professionnel ou public.
Comme quoi elles sont toutes belles et inspirantes…
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