En matière de justice, une vérité simple, presque élémentaire est admise de tous : lorsqu’on est convaincu de son bon droit, on ne fuit pas le temps, on le provoque. On s’empresse, on fait tout pour que l’affaire soit tranchée au plus vite. Surtout si l’on se gargarise d’avoir sous la main un dossier en béton, épais de dizaines de pages, truffé d’enregistrements vidéo, bref, des preuves accablantes.
Alors, pourquoi lambiner ? Pourquoi traîner ? Pourquoi temporiser, surtout après avoir convoqué tout le ban et l’arrière-ban de pseudos influenceurs juristes du net ? Dans un monde normal, la réponse serait évidente. À moins, bien sûr, qu’on ait quelque chose à se reprocher, qu’on ne cherche à masquer, dans un vacarme savamment orchestré, ses propres failles que l’on redoute de voir exposées.
C’est exactement ce que révèle l’attitude du Maroc en rejetant la procédure accélérée devant le Tribunal arbitral du sport (Tas). Après avoir manœuvré avec un empressement remarquable pour se faire attribuer un titre de champion d’Afrique hors terrain, le voilà qui freine donc des quatre fers. Curieux ? Non. Révélateur.
Cela ressemble à un baroud d’honneur face à une déconvenue annoncée, car les neuf mois de procédure à venir n’enfanteront que la vérité, celle du terrain, acquise avec courage par le Sénégal. Le dilatoire de la Fédération marocaine de football trahit surtout une fébrilité difficile à dissimuler, en total décalage avec les déclarations enthousiasmées martelées par des officines et amplifiées par des relais sur les réseaux sociaux.
Toujours les mêmes éléments de langage, les mêmes arguments préfabriqués, recyclés à l’envie. Une mécanique bien huilée, mais qui ne résistera ni aux faits, ni à l’esprit du jeu, ni à l’exigence minimale d’éthique sportive. Le choix du Maroc est donc clair : gagner du temps. S’accrocher le plus longtemps possible à un titre dont chacun pressent le caractère éphémère, acquis dans des conditions pour le moins contestables.
Mais un trophée au goût amer ne se savoure pas sans rictus buccal. Et celui-ci a tout d’une pilule difficile à avaler, à tel point que même certains joueurs marocains semblent peiner à y trouver le moindre plaisir. Et pendant ce temps, le voile se lève, jour après jour, sur les ressorts d’une décision de plus en plus difficile à justifier.
Un nouvel acteur apparaît clairement : la Tunisie. D’abord à travers la présence du président de sa fédération au sein du jury d’appel, une entorse aux règles que Patrice Motsepe lui-même a reconnue. Ensuite à travers le coordonnateur du match, dont le rapport biaisé, partiel et parcellaire a servi de fondement à la décision.
Mais depuis quand la parole d’un contrôleur extra-pelouse prime-t-elle sur celle de l’arbitre, seul maître du terrain, dont le rapport est censé faire foi selon les règles de l’International Football Association Board ? Mis bout à bout, ces éléments éclairent d’un jour nouveau sur le peu d’empressement du Maroc à tirer cette affaire au clair.
La même stratégie du dilatoire est appliquée au pseudo-procès des supporters sénégalais embastillés dans les geôles marocaines. Le traitement qui leur a été réservé en est une illustration frappante. Reports à répétition, en première instance comme en appel. Une justice qui s’étire, qui temporise, qui sanctionne au-delà du droit. Une justice qui, ce faisant, malmène les droits des détenus en les maintenant le plus longtemps possible dans une épreuve destinée à les briser.
Mais il va sans dire que ces compatriotes ne céderont pas. Ils ont déjà démontré leur solidité. Ils ont prouvé que, si demain leur pays les appelait sur n’importe quel front, ils répondraient présents, les premiers. Le 18 janvier, au stade de Rabat, ils ne portaient pas l’uniforme, mais ils en ont incarné l’esprit.
À ce titre, ils méritent la reconnaissance d’une nation entière. Les trois libérés doivent être accueillis en héros. Célébrés, honorés, élevés au rang de symboles. Ce serait un signal fort à l’adresse de leurs geôliers, mais aussi de ceux qui sont encore détenus. Car savoir qu’un pays tout entier vous attend, vous soutient, vous élève, c’est une force immense face à la dureté carcérale.
elhadjibrahima.thiam@lesoleil.sn

