Récemment, la gendarmerie a démantelé un réseau de trafic de produits destinés à « l’augmentation des fesses », à la prise de poids, à l’amincissement. Et a saisi près de 1.700 gélules et comprimés, 66 sirops, ainsi que plusieurs crèmes et poudres. Les deux suspects arrêtés et placés en garde à vue sont poursuivis pour « association de malfaiteurs, trafic international par importation de produits médicaux, exercice illégal de la profession de pharmacien et mise en danger de la vie d’autrui ».
Ce fait n’est pas nouveau. En effet, il y a quelques mois, la Sûreté urbaine de Dakar avait mis le grappin sur une dame qui avait le « don », grâce à ses injections, de faire grossir, en une semaine, les fesses de ses clientes… Et il y avait toujours quelques naïves pour mordre à l’hameçon. Ces arrestations ne sont que la face visible de l’iceberg.
Aujourd’hui, la course à l’éternelle beauté pousse parfois à défier les lois de la nature. Et beaucoup de femmes n’hésitent pas à modifier leur apparence pour avoir des formes généreuses, un joli postérieur version XXL, comme les affectionnent les hommes. Elles oublient parfois que la beauté ne se décrète pas. Malheureusement, beaucoup se sentent très mal dans leur corps. Celles qui sont belles veulent l’être davantage, tandis que les autres veulent avoir une très belle ligne, un teint éclatant, de l’allure, bref, avoir un plastique de rêve et en font même une obsession.
C’est à croire que notre pays est gagné par le syndrome de la dysmorphophobie, ce trouble obsessionnel dû à la sous-estime de soi. Certaines personnes ont mal dans leur peau et voient en la chirurgie esthétique une solution miraculeuse pour cacher ou gommer leurs complexes dues à une complication physique.
Jadis, les gens rivalisaient par leurs connaissances, leur savoir, leurs parcours, leur mérite, leur idéologie, leurs convictions. Mais aujourd’hui, nous vivons dans un monde où l’on se soucie plus du paraître que de l’être. Or, on ne doit pas juger que sur les apparences. Ce qui pousse le Anas Laouini à dire que : « nous ne sommes plus dans la logique de la concurrence du savoir, mais dans celle du paraître, désormais, ouverte à la médiocrité et à l’ostentatoire ».
Parce que beaucoup de gens qui ont besoin d’être appréciés et aimés des autres préfèrent suivre la tendance et miser sur l’apparat pour rentrer dans le moule. Et ce désir de changer pour se sentir acceptés les met sous influence et les empêche d’être eux-mêmes. De nos jours, nous assistons à un règne de l’apparence qui sévit avec excès. Le paraître est devenu un capital social déterminant et il est très difficile d’y échapper.
La quête de perfection physique a atteint son paroxysme. Ainsi, pour paraître toujours belles, certaines n’hésitent pas à faire souffrir leur peau en utilisant des produits pharmaceutiques détournés de leur indication initiale, des injections à base de corticoïdes, entre autres cocktails explosifs. Pis, elles mettent leur santé en péril et s’exposent à des maladies comme l’hypertension artérielle, le diabète, les complications rénales et neurologiques, voire le cancer.
Aujourd’hui, le prestige ne se mesure plus seulement à travers des signes extérieurs de richesse ou de réussite. La beauté qui est, selon Aristote, « une meilleure recommandation que n’importe quelle lettre », est aussi considérée comme une clef de réussite sociale. C’est ce qui justifie sans nul doute le suicide esthétique de ces candidates à l’éternelle beauté.
Malheureusement, à force de vouloir être coquettes et de se conformer aux attentes des autres, elles en arrivent à perdre leur identité. Il faut rester soi-même, car comme l’expliquait Oscar Wilde, « rester soi-même dans un monde qui tente constamment de te changer est le plus grand accomplissement ». Chaque personne est unique et dans une société où la pression sociale nous pousse souvent à changer, il ne faut jamais tenter d’être quelqu’un d’autre.
Car l’air ne fait pas souvent la chanson. Et comme le disait si bien Victor Hugo : « Aucune beauté extérieure n’est complète si aucune grâce intérieure ne l’éclaire ! La beauté intérieure irradie comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps ».
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