De nos jours, aussi bien la famille que l’école, deux institutions si importantes, sont en train de s’écrouler sous nos yeux sans que l’on puisse trouver la solution. Les causes sont certes nombreuses, mais la forte intrusion des nouvelles technologies, particulièrement du téléphone, est la plus perfide. Dès lors, leur mission d’éducation reçoit un sacré coup. Par ailleurs, les parents, qui passent de moins en moins de temps avec leurs enfants, ou tenaillés par les affres de la vie, ont presque baissé les bras. L’école, cette société en miniature, qui devrait parfaire l’éducation parentale, est également victime de l’évolution. L’enseignant n’est plus ce qu’il était : cet éducateur sans commune mesure. Depuis des décennies, il n’est plus éducateur, mais simple enseignant, c’est-à-dire un simple transmetteur de connaissances et de développeur de compétences chez l’élève ou l’étudiant.
Les valeurs qu’il incarnait ne le sont plus. Au Sénégal, par exemple, élèves et étudiants n’hésitent pas à vandaliser écoles et universités ; à refuser de subir des devoirs par surprise ; à déchirer leurs cahiers ; à se dénuder lors des Foyers scolaires communément appelés Fosco. La liste est loin d’être exhaustive. De sacrés coups aux valeurs qui fondent notre famille et notre école.Pourtant, dans une des Grandes conférences de l’Ucad (colloque international des jeunes chercheurs à la Fastef), Philippe Merieu, Professeur émérite en Sciences de l’Éducation à l’Université de Lyon, qui ouvrait une conférence sur « La formation des enseignants aujourd’hui : quelques pistes pour un changement de paradigme », avait beaucoup insisté sur le caractère institutionnel de l’école. « Elle n’est pas seulement un ensemble de services, mais une institution », disait-il. Et Merieu d’expliquer la différence entre un service et une institution.
« La qualité d’un service se mesure à la satisfaction des usagers. Or, la qualité d’une institution se mesure en sa capacité à incarner des valeurs ». Pour lui, les acteurs de l’institution ne sont pas au service des usagers, mais du bien commun et ce ne sont pas les usagers qui décident du bien commun, mais les citoyens. « L’évaluation de l’école ne peut donc se réduire à la vérification qu’elle correspond à des critères qui satisfont les usagers, mais se mobiliser autour de la capacité de l’école à incarner des valeurs que la société lui donne. Ces valeurs ne sont pas la simple juxtaposition des intérêts individuels, car l’intérêt collectif n’est jamais la juxtaposition des intérêts individuels », disait l’éminent professeur.
Idem pour la famille. Surtout sa mission d’éducation, de façonnement du citoyen. Toutefois, dit Philippe Merieu, « si l’école n’est pas la famille, il n’y a pas d’éducation sans l’éducation familiale et parentale. Les parents sont les premiers éducateurs ». Autrement dit, les missions de ces deux institutions sont consubstantielles. Car, l’école apparaît comme le prolongement de la famille. Elle complète le travail entamé par la famille. « L’école existe parce que, précisément, à un moment, il faut que les enfants aillent voir ailleurs que dans la famille et découvrir que le monde ne se limite pas à l’univers familial, qu’on ne soit pas emprisonné dans un même milieu, une même pensée. Bref, découvrir l’altérité qui n’est rien d’autre que la capacité à comprendre que l’autre m’enrichit, m’ouvre des horizons et me donne la liberté. Donc, l’école doit se donner la mission d’offrir des savoirs à tous. Le savoir, c’est ce qui est partageable à l’infini », dixit Merieu. Autant dire qu’un sursaut est nécessaire afin de préserver ces deux importantes institutions de la société.
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