L’Appel de Seydina Limamou Laye (PSL) constitue l’un des plus grands événements religieux du Sénégal et le plus important de la région de Dakar, capitale internationale et cosmopolite. Il commémore, dans sa forme actuelle, depuis 1981, la célébration de l’anniversaire de l’Appel vers Allah SWT, lancé en 1883,par Seydina Limamou Lahi Al Mahdi (PSL) porteur d’un message d’Unicité universelle, de foi, de paix, de justice, d’égalité et d’équite à la fois sociale et économique.
Cet événement majeur revêt une portée spirituelle profonde ; rappelant l’importance de la droiture, de la fraternité, de l’amour du prochain et du vivre-ensemble. Il est un moment privilégié de recueillement, de prières et de transmission des valeurs islamiques mais aussi un espace de dialogue et de cohésion sociale.
Chaque année, l’Appel draine des centaines de milliers de fidèles, venus de toutes les régions du Sénégal ainsi qu’une partie de la diaspora sénégalaise et mobilise la presse nationale et internationale. Ainsi, sa dimension dépasse le cadre national, faisant de Dakar un pôle spirituel et culturel d’envergure durant les deux jours de commémoration. Pourtant, plus d’un siècle en arrière, son dépositaire, en l’occurrence Baye Lahi (PSL), n’a cessé d’interpeller ses talibés, contemporains et futurs,en ces paroles : « Elargissez les arrières cours, les hôtes arrivent ».
Ainsi, il convient de rappeler un fait souvent méconnu du grand public qui consacre l’Appel de Seydina Limamou Lahi (PSL) comme évènement majeur de la capitale du Senegal.
L’Appel de Seydina Limamou Laye (PSL) n’est pas seulement un événement spirituel majeur. Il a,profondément, structuré l’espace urbain et territorial de la région dakaroise. Son ancrage historique et démographique a, directement, contribué à la naissance de deux communes à part entière : Cambérène et Malika, et a, indirectement, influencé l’émergence de la commune des Parcelles Assainies par la cession par le Khalif Baye Seydi Thiaw Lahi de 364 hectares à l’Etat du Senegal dans les années 1970, à travers les dynamiques de peuplement, d’organisation communautaire et d’aménagement du territoire liées à l’Appel du Saint Maître (PSL)
Aujourd’hui encore, la célébration de l’Appel repose sur une configuration territoriale, mobilisant les trois communes hôtes que sont Cambérène, Ngor et Yoff, enétroite coordination avec la Ville de Dakar. Durant les deux jours de commémoration, cette mobilisation génère des effets d’entraînement non négligeables sur les communes environnantes, notamment Malika, les Parcelles Assainies et Ouakam, tant sur les plans social, économique, logistique que culturel. À ce titre, l’Appel apparaît comme un puissant levier de cohésion et de développement territorial mais aussi de solidarité sociale, illustrant les interactions profondes entre spiritualité, gouvernance locale et développement urbain.
Ainsi, l’Appel de Seydina Limamou Lahi (PSL) se déroule dans trois communes emblématiques, illustrant son caractère fédérateur, avec l’implication active et l’accompagnement institutionnel de la Ville de Dakar, aux côtés des autorités religieuses et administratives. Cette collaboration contribue à l’organisation harmonieuse de l’événement et au rayonnement de Dakar comme capitale de paix, de foi et de tolérance.
A cet effet, la configuration territoriale particulière de cet évènement religieux doit davantage refléter la diversité territoriale au sens du renforcement de l’effort collectif requis lors de l’Appel avec l’appui croissant de l’Etat du Senegal. Il convient de souligner que les trois sites hôtes de l’Appel partagent un dénominateur commun patrimonial. En effet, les lieux de culte de la communauté Layène (Mausolées, Mosquées à Yoff et Cambérène, Grotte de Ngor) sont classés sur la liste des Monuments historiques et sites classés du Sénégal sans oublier que Ndingala, site originel de Cambérène(actuel cite Fadia dans la zone du Technopole) s’intègre dans la Réserve Naturelle Urbaine de la Grande Niaye de Pikine (RNU GNP) contribuant aux services socioculturels fournis par l’écosystème de la réserve au titre des apports non-matériels de la biodiversité, obtenus à travers les relations qu’entretiennent les sociétés humaines avec la nature.
Par ailleurs, Cambérène constitue une centralité spirituelle et islamique historique. Yoff, la plus vaste des communes du département de Dakar, accueille la part importante des flux de fidèles et des dispositifs logistiques alors que Ngor joue un rôle stratégique de liaison et d’accueil. Ainsi, ces trois sites forment à l’occasion de l’Appel, un système territorial fonctionnel et complémentaire dont l’impact dépasse, largement, leurs périmètres administratifs respectifs
Sur le plan spirituel et symbolique, Cambérène joue le rôle de cœur historique et référentiel de l’Appel. Capitale de la Communauté Layene, cette centralité lui confère une visibilité nationale en renforçant son identité religieuse et en consolidant son statut de pôle de transmission des valeurs islamiques portées par le message de Seydina Limamou Lahi (PSL) et Seydina Issa Rouhou Lahi (PSL). Cette fonction symbolique se traduit, spatialement, par une forte concentration desactivités sur un territoire à superficie réduite.
Du point de vue logistique et opérationnel, Yoff, cœur de l’Appel abritant Diamalahi, avec en son sein le Mausolée de Seydina Limamou Lahi (PSL), lieu du Yoor Yoor et de la cérémonie officielle de l’Appel, par sa position stratégique dans le département de Dakar, absorbe l’essentiel des flux massifs de fidèles, des dispositifs de sécurité, de transport, de santé et d’hébergement temporaire. Elle agit comme une zone tampon de régulation, permettant d’étaler les mobilités, de désaturer les espaces centraux et de structurer l’accueil à grande échelle. Cette fonction renforce le rôle de Yoff comme plateforme territoriale clé dans la gestion de ce rassemblement urbain.
Enfin, Ngor, quant à elle, assure une fonction d’interface et de connexion de l’Appel ouverte sur les contemporanéités de la capitale orientant les fidèles entre le spirituel de la Grotte de Ngor et la temporalitédes centres d’affaires avoisinantes.
Au total, l’impact territorial de l’Appel se manifeste par la création temporaire d’un espace métropolitain unifié tout de blanc vêtu, où les frontières communales s’estompent au profit d’une gouvernance événementiellecultuelle et culturelle partagée.
Ainsi, dans une dynamique visant à créer les conditions favorables pour capter durablement les dividendes territoriaux de l’organisation événementielle de l’Appel, il apparaît nécessaire de dépasser la seule logique conjoncturelle pour inscrire cette mobilisation spirituelle dans une trajectoire de développement territorial structurant, inclusif et pérenne sans localités sénégalaises dont Yoff et Camberene ont pu bénéficier d’appui du programme de modernisation des cités religieuses. À cet effet, plusieurs mesures stratégiques peuvent être envisagées :
– le renforcement de la coopération intercommunale car en effet il devrait incomber de procéder à l’organisation annuelle d’un conseil intercommunal avec la Ville de Dakar et les communes de Yoff, Camberene et Ngor en plus du comité d’organisation de l’Appel marquant l’établissement de la feuille de route de l’organisation de l’Appel ;
– la mise en place d’un schéma d’accueil de l’Appel, intégré aux documents de planification locale (mobilité, assainissement, hébergement etc.) quipermettrait d’anticiper les besoins récurrents et de mutualiser les investissements, au lieu de réponses ponctuelles et coûteuses ;
– le renforcement de la démarche de patrimonialisation et d’archivage documentaire pour préserver d’avantage la mémoire collective et garantir les conditions de transmission ;
– une meilleure adaptation des infrastructures et des équipements urbains (aménagement de l’axe routier Gare du TER-Rond-point Case ba, la création d’un circuit touristique religieux intégrant les sites historiques et naturels, la restructuration des équipements d’assainissement etc.) ;
– l’accompagnement dans la transformation digitale etl’économie numérique ;
– un renforcement de la stimulation de l’économie locale et la reconnaissance accrue du rôle des territoires religieux dans la construction de la ville dakaroise ;
– une gestion de l’événementiel combinée au développement urbain durable car l’adaptation des infrastructures doit être pensée comme un héritage territorial de l’Appel ; chaque investissement réalisé pour la commémoration devant répondre à un double objectif : gérer efficacement le pic événementiel et renforcer durablement la qualité de vie urbaine (espaces publics, mobilité douce, services de base) ;
– l’érection du périmètre de Yoff Layène et de Cambérène au rang de cités religieuses, à l’instar d’autres cités du Sénégal en leur dotant d’un statut formel. Ceci pourrait s’inscrire dans les perspectives de réforme de l’Acte IV de la décentralisation ;
– une telle reconnaissance offrirait un cadre juridique et institutionnel adapté, permettant à ces cités de définir et de préserver un périmètre de sécurité spirituelle, morale et culturelle, en réponse aux dynamiques complexes induites par l’urbanisation accélérée et le caractère cosmopolite de l’agglomération dakaroise ;
– elle contribuerait ainsi à mieux concilier les impératifs de développement urbain avec la sauvegarde des valeurs religieuses, identitaires et communautaires qui fondent l’histoire et la centralité spirituelle de ces territoires, tout en renforçant leur rôle dans la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
À ce titre, l’Appel constitue un révélateur et un accélérateur de recompositions territoriales au croisement du spirituel, de l’urbain et du social. Ainsi, au regard des Sermons de Seydina Limamou Lahi (PSL), la religion apparaît comme un levier de transformation sociale, favorisant l’éducation des consciences, la cohésion communautaire et le vivre-ensemble autant de conditions essentielles à un développement durable, inclusif et porteur de sens d’où son intérêt stratégique au service du développement en tant que facteur de production.
Diogal Mbaye, géographe-environnementaliste, spécialiste en gouvernance territoriale des ressources naturelles


