« L’union est une force capable de secouer les montagnes. » Cet adage, nous le connaissons tous. Pourtant, en ce début du troisième millénaire, force est de constater que le continent africain, riche de ses innombrables ressources et de sa jeunesse, peine encore à faire trembler la montagne de ses maux. Pourquoi, alors que d’autres peuples se sont unis pour bâtir leur puissance et leur bien-être, restons-nous si souvent dans l’expectative ?
L’heure n’est plus aux demi-mesures. Il est plus que tard. Il nous faut le courage d’arrêter les erreurs du passé et de regarder en face les héritages laissés par les envahisseurs, ces blessures historiques qui continuent de fragiliser la quasi-totalité de nos nations. Mais le véritable combat ne se gagne pas seulement par la dénonciation ; il se gagne par la construction de nous-mêmes.
L’urgence d’une maturité retrouvée
Nous attendons souvent une maturité hypothétique, comme si le temps suffirait à panser nos plaies. Or, rien n’honore l’homme s’il n’est pas au service de son prochain, avec intégrité. L’histoire de Nelson Mandela l’atteste. La maturité n’est pas une question d’âge, mais de responsabilité. Elle est la capacité à comprendre que l’intérêt individuel doit s’effacer devant l’intérêt collectif.
Nos dirigeants, nos cadres, mais aussi chacun de nous à notre niveau, devons incarner cette intégrité. La gouvernance, qu’elle soit politique, économique ou sociale, ne peut prospérer dans le mensonge ou la prédation. Si nous voulons que l’Union Africaine devienne le levier puissant qu’elle prétend être, elle doit être portée par des hommes et des femmes dont l’unique boussole est l’intérêt du peuple.
Le savoir : la clé à ne pas oublier de notre émancipation.
Tout ce qu’il faut pour le bien-être des humains est là, présent, depuis avant la naissance de l’homme. La terre africaine regorge de richesses matérielles, mais la plus grande richesse pour l’humain est immatérielle : c’est le savoir. Pourtant, par ignorance ou par négligence, nous perdons ce bien le plus précieux.
L’ignorant est souvent comparé à un roi, car il vit dans l’illusion de sa propre suffisance. Mais cet « ignorant roi » ne construit pas de nations durables. Pour sortir de ce piège, il est plus qu’impératif de se donner convenablement à l’instruction, mais surtout à une réelle éducation.
Il ne s’agit pas seulement d’accumuler des diplômes ou de maîtriser des savoir-faire importés. Il s’agit d’une éducation profonde, holistique, qui :
· Ancre l’individu dans ses valeurs (intégrité, respect, solidarité);
· Développe la pensée critique pour ne plus subir la pensée dominante;
· Réconcilie l’Africain avec son histoire et lui donne une langue commune et internationale pour construire un futur assumé.
Le savoir recommandé par l’Omniscient, le Créateur de toute chose, est celui qui nous élève au rang de gardiens de la terre et nous aide à bien comprendre comment vivre entre humains. Le négliger c’est se condamner à rester spectateur de sa propre vie.
Le réveil des consciences : le devoir des intellectuels humanistes
Le réveil tardif est malheureux. Combien de temps encore allons-nous attendre ? Le danger est que l’Afrique reste éternellement au sous-sol des continents, observant de loin ceux qui ont atteint un niveau de développement matériel extraordinaire; non pas pour les envier, mais pour comprendre que leur secret réside souvent dans leur capacité à s’unir autour de projets communs et à valoriser leur génie propre.
Ce réveil passe par une élite. Oui, les intellectuels humanistes doivent se lever. Mais attention : il ne s’agit pas de ces intellectuels de salon, confortablement installés dans des critiques stériles. Il s’agit de ceux qui descendent dans l’arène pour éveiller les consciences, pour former les jeunes, pour innover dans les champs, pour créer des entreprises qui créent de la valeur locale.
Ma vision est une Afrique debout par la connaissance et l’intégrité
Si voir sortir l’Afrique des graves problèmes et difficultés nous intéresse vraiment, voici une vision.
Nous ne sortirons du sous-sol que par trois piliers fondamentaux :
1. L’intégrité comme fondement de l’unité. Nous devons exiger de nos dirigeants et de nous-mêmes une éthique sans faille. L’Union Africaine ne sera une force que lorsque ses membres cesseront de défendre des intérêts particuliers et travailleront pour une souveraineté collective. Cela implique une libre circulation réelle des biens et des personnes, une monnaie unique solide et une politique étrangère commune.
2. L’éducation comme arme de libération massive. Nous devons faire de l’investissement dans la recherche, la science et la technologie une priorité absolue. Mais également, réformer les systèmes éducatifs pour qu’ils deviennent des fabriques de solutions locales, et non des chambres d’enregistrement de modèles étrangers.
3. L’intelligence économique comme bouclier.
Nous devons comprendre que le développement matériel (infrastructures, industrie, agriculture) passe par une valorisation de nos ressources sur notre propre sol. Il faut le courage de dire « non » aux contrats léonins et construire des partenariats équitables où le continent est acteur, pas simple fournisseur de matières premières.
Le chemin est long, mais il est tracé. Il nécessite que nous arrêtions de nous plaindre du passé pour construire le présent. Le réveil est un acte douloureux, mais il est le seul qui mène à la dignité.
Nous avons en nous, grâce à ce savoir inné et à cette force communautaire que nous vantent tant les autres peuples, tout ce qu’il faut pour secouer ces montagnes. Il ne nous faut que la volonté collective et le courage de l’action immédiate.
L’Afrique n’a plus le temps d’attendre. L’Afrique doit se construire, maintenant, par nous et pour nous.
Pape FALL
Président de la Convention du Baol


