Le Sénégal est à un moment décisif de son histoire éducative. Alors que le gouvernement annonce des réformes « courageuses » et dote le secteur de l’enseignement supérieur de budgets records, les amphithéâtres restent en ébullition et la colère étudiante ne désarme pas. Ce paradoxe révèle une vérité simple : la question n’est pas seulement celle des moyens, mais avant tout celle de la confiance, de l’équité et d’une vision partagée. La réforme nécessaire ne peut être unilatérale ; elle doit être le fruit d’un dialogue national authentique.
Le paradoxe d’une crise financée
Les chiffres officiels sont impressionnants : un budget de 316,4 milliards FCFA pour l’enseignement supérieur en 2026, dont près de 100 milliards dédiés aux bourses. Des arriérés de paiement sont débloqués à hauteur de 3,8 milliards récemment. Pourtant, la crise persiste. Pourquoi ? Parce que les décisions sont perçues comme étant prises dans l’opacité sans consultation réelle des premiers concernés.
La fermeture des restaurants universitaires et les critères fluctuants d’attribution des bourses créent une profonde injustice sociale, frappant de plein fouet les étudiants les plus vulnérables. Un budget accru ne vaut pas une réforme acceptée et consensuelle.
La bourse: un droit sacrifié sous l’autel de la « méritocratie » ?
L’État reconnaît la bourse comme une « priorité absolue » à l’image d’un salaire. Mais sur le terrain, elle se transforme en parcours de combattant : conditions d’âge, suspension entre deux cycles et promesses non tenues. La volonté affichée d’introduire plus de « mérite » dans le système fait craindre un renoncement au principe de l’éducation comme bien commun et droit fondamental. Réformer ne doit pas signifier restreindre l’accès, mais garantir que chaque jeune Sénégalais talentueux, quelle que soit son origine, puisse étudier dans la dignité. La priorité doit rester la justice sociale, non un simple ajustement comptable.
Pour de vraies assises universitaires : du dialogue de sourds au dialogue national
Le gouvernement évoque des ateliers de consultation. Les étudiants et les syndicats comme le Collectif Noo Lank dénoncent des réformes « imposées ». Ce fossé est toxique. L’appel historique à la tenue d’Assises Universitaires Nationales est plus que jamais d’actualité. Il ne s’agit pas de simples réunions techniques, mais d’une convention large et inclusive avec étudiants, enseignants, chercheurs, administration et société civile pour redéfinir ensemble le contrat social de l’université sénégalaise.
Quelle université pour quel développement ? Comment aligner les formations sur les défis du pays tout en garantissant un savoir émancipateur ?
· Quelle gouvernance transparente et démocratique ? Comment assurer une gestion irréprochable des fonds publics dédiés à l’éducation ?
· Quelle solidarité nationale pour la jeunesse ? Comment construire un système de bourses et d’aides juste, pérenne et qui libère le potentiel de tous ?
Sans cette démarche collective et transparente, toute réforme même bien financée restera fragile, contestée et vouée à l’échec. Le Sénégal ne peut se permettre de sacrifier une autre génération sous l’autel de l’improvisation et de la défiance.
L’heure n’est plus aux mesures partielles ou aux dialogues de sourds. L’heure est au courage politique du dialogue. Le Président de la République, le gouvernement et le Parlement ont la lourde responsabilité de convoquer ces Assises. Notre avenir commun en dépend. Construisons ensemble une université qui soit vraiment le moteur de la renaissance sénégalaise.
Par Diama Badiane


