Une dispute qui tourne au drame. Un différend qui se termine dans le sang. Une relation qui bascule dans l’irréparable. Derrière les affaires d’homicide volontaire qui font régulièrement l’actualité au Sénégal, une question se pose : qu’est-ce qui pousse un être humain à franchir le seuil de l’irréparable et à ôter volontairement la vie à son semblable ?
Il ne s’agit pas de prétendre que tous ces crimes ont les mêmes causes, ni de tirer des conclusions avant que les enquêtes et la justice n’établissent les faits. Mais leur récurrence dans l’actualité mérite une réflexion collective qui dépasse l’émotion suscitée par chaque nouveau drame.
Selon le bilan 2025 de la Police nationale, 96 personnes ont été déférées au parquet pour homicide volontaire. Ce chiffre ne représente ni le nombre total de victimes ni celui des condamnations. Il ne permet pas, à lui seul, d’établir une hausse nationale des homicides. Il rappelle néanmoins l’ampleur du travail qui reste à accomplir pour comprendre et prévenir ces drames.
Colère, jalousie, frustration,conflits d’argent, sentiment d’humiliation ou désir de vengeance peuvent motiver certains dérapages , sans expliquer les passages à l’acte. Au-delà des circonstances propres à chaque dossier, une question demeure : comment empêcher que certains conflits ne se terminent par la mort ?
La prévention doit être renforcée. Prendre les menaces au sérieux, mieux protéger les personnes exposées aux violences et apprendre dès le plus jeune âge à gérer les désaccords à l’amiable sont des pistes à explorer d’avantage. Cependant ces efforts doivent s’accompagner d’une justice rigoureuse et d’une meilleure connaissance des circonstances de ces crimes car une autre question revient après chaque drame : quelle sanction pour les crimes les plus graves ?
Au Sénégal, l’abolition de la peine de mort en 2004 n’a pas éteint le débat sur son éventuel rétablissement. Entre exigence de justice pour les victimes, efficacité des sanctions et risque irréversible d’une erreur judiciaire, cette question mérite une réflexion dépassionnée.
La sanction répond au crime commis ; la prévention cherche à empêcher le prochain. Opposer les deux reviendrait à oublier qu’une société doit à la fois rendre justice aux victimes et protéger ceux qui pourraient le devenir.
Face à la récurrence des homicides, l’indignation ne doit pas être l’unique réponse. Comprendre les mécanismes de la violence, agir sur les facteurs de risque et renforcer la protection des citoyens doivent s’eriger en priorités.
Car le véritable progrès ne se mesure pas seulement à la capacité de punir après un drame, mais surtout à celle d’empêcher qu’il ne se produise.
Par Anna Sambou Journaliste


