Au quartier Balacoss de Saint-Louis, un homme a choisi de transformer son indignation en action. Chaque matin, bien avant le lever du soleil, il balaie, nettoie, arrose les arbres et veille sur sa rue avec le soin que l’on accorde à son propre foyer. Ce citoyen exemplaire, c’est Malick Ndaw, affectueusement appelé « El Hadji ». À près de 60 ans, ce Saint-Louisien au teint noir, à la silhouette fine et discrète, est devenu le symbole d’un dévouement civique qui force le respect.
SAINT-LOUIS – Au premier regard, rien ne laisse deviner que cette rue se trouve dans une ville régulièrement confrontée aux problèmes d’insalubrité. Le pavage est impeccable, les trottoirs propres. Les arbres, parfaitement entretenus, offrent une ombre rafraîchissante. En plus, aucun déchet ne vient ternir ce décor.
Au quartier Balacoss, à Saint-Louis, cette rue est devenue une référence. Derrière cette transformation se cache un seul homme : Malick Ndaw, dit El Hadji. Originaire de Saint-Louis, il a longtemps vécu à Dakar avant de revenir dans sa ville natale, il y a moins d’une dizaine d’années.
Le constat qu’il fait à son retour le choque : la ville qu’il avait connue propre et accueillante semble avoir perdu une partie de son éclat. Lorsque sa rue est réhabilitée avec des pavés, il décide d’apporter sa propre pierre à l’édifice.
« Je me suis dit qu’il fallait aussi que je participe. Depuis cinq à six ans, c’est devenu mon quotidien », a confié M. Ndaw.
Chaque jour, son réveil sonne vers quatre heures du matin. Après son café, il sort, balai à la main. Il nettoie la chaussée, vide les poubelles, arrose les arbres et entretient les espaces verts. À sept heures, lorsque les premiers habitants quittent leurs maisons, la rue est déjà impeccable.
Tout le matériel est financé avec ses propres moyens, même si quelques voisins lui apportent, de temps à autre, une aide ponctuelle.
Son initiative ne tarde pas à attirer les regards. Sur les réseaux sociaux, comme auprès des autorités locales, cette rue est souvent citée en exemple. Plusieurs habitants d’autres secteurs de Balacoss et même d’autres quartiers de Saint-Louis se sont inspirés de son modèle pour organiser, à leur tour, des opérations de nettoyage.
Mais, pour El Hadji, l’essentiel n’est pas la reconnaissance. Son combat est avant tout celui du changement des mentalités.
Pas besoin de décorations
« Notre environnement nous appartient. Il n’appartient pas aux autres de venir faire le travail à notre place », a-t-il insisté.
Il regrette toutefois que les comportements peinent encore à évoluer durablement. Selon lui, les campagnes ponctuelles de salubrité ne suffisent pas. La propreté doit devenir un réflexe quotidien.
Son engagement lui a valu plusieurs distinctions citoyennes et même une promesse de décoration, lors d’une rencontre avec l’ancien président Macky Sall, restée sans suite. Une situation qu’il évoque sans amertume.
« Je n’attends pas de récompense. Ce que je fais, c’est un engagement citoyen », a-t-il simplement affirmé.
À travers son action, Malick Ndaw rappelle qu’une ville ne devient pas propre uniquement grâce aux services publics. Elle le devient surtout « lorsque des citoyens décident de montrer l’exemple ».
Dans une époque où l’on attend souvent tout des pouvoirs publics, cet habitant de Balacoss prouve qu’un simple balai, beaucoup de volonté et une constance sans faille peuvent transformer tout un cadre de vie.
Son rêve est désormais de voir chaque rue de Saint-Louis adopter la même culture du civisme, car, dit-il, « quand on s’organise, on réussit de belles choses ».
Jeanne SAGNA (Correspondante)

