Pour Fansar Souané, le développement du pays doit passer par les terroirs. Depuis son retour de l’hexagone, elle a mis en place une Petite et moyenne entreprise pour apporter une réponse à la lancinante question de la malnutrition infantile qui sévit dans le Pakao et environs.
Dans son bureau situé à l’étage, au fond des locaux de la Chambre régionale de commerce de Sédhiou située dans le quartier de Kabeum, Fansar Souané ne pouvait pas faire autrement en cette matinée de la fin de semaine.
Sollicitée au téléphone, elle explique en détail son interlocuteur, les yeux en même temps pointés sur le petit écran de son ordinateur, elle scrolle continuellement.
Occupée certes, mais les petites tapes à la porte de son bureau ne l’échappent pas. « Oui, entrez », répond-elle lorsque nous donnons deux faibles toc toc, à l’entrée.
Fille aînée de la famille Souané, de Sandiniérie, Fansar est cofondatrice et manager de l’entreprise les « Bergers du sud ». Une petite et moyenne entreprise toute particulière, installée dans la Casamance naturelle, dans la région de Sédhiou.
Un choix qui ne relève pas du hasard puisque cette unité concentre ces activités dans la transformation de céréales pour enfant et femme enceinte, dans une région frappée par la malnutrition infantile.
Ainsi, en mettant en place cette petite installation, Mme Diallo et ses associés veulent lutter contre le fléau.
L’idée, dit-elle, c’est de proposer des produits de haute qualité nutritive à partir de produits locaux qui sont très riches. « Notre mission, c’est comment faciliter l’accès à une alimentation nutritive et durable en travaillant sur des produits qui ont de hautes qualités nutritives », répète Fansar Souané.
Le développement par les terroirs
La région de Sédhiou où elle a installé ses unités est la première du pays en production de céréales.
« En produisant des diversités d’aliments et de chips naturelles, nous œuvrons à amoindrir la consommation des produits importés dont la composition fait parfois débat. Mais surtout à miser sur l’éducation à la malnutrition, puisque nous formons aussi les femmes et les jeunes dans ce sens », commente-t-elle.
Fansar Souané est connue pour sa détermination et son courage à aller jusqu’au bout de ces initiatives.
Elle donne chaque fois une touche particulière aux évènements économiques organisés par la Chambre de commerce à l’échelle locale.
Pour elle, le développement de l’économie nationale doit passer par les terroirs, à l’instar de la Chine ou encore de l’Égypte.
Avec l’agroalimentaire, la capacité de créer des débouchés pour les producteurs et de la main-d’œuvre pour les populations locales, notamment les jeunes en quête d’une immersion en entreprise sont un engagement personnel.
« En amont de la production, en prenant des matières premières chez les agriculteurs, nous créons des emplois. Nous accueillons des jeunes en stage, comme ceux de l’Institut supérieur d’enseignement professionnel (Isep) de Bignona, du Centre de formation en agroforesterie de Bounkiling et de l’Institut supérieur de management (Ism) pour la partie management », confie-t-elle avec passion.
Fansar Souané ne cache pas non plus l’envie qui l’anime. Celle de faire bouger localement les choses.
« Il y a beaucoup d’opportunités, mais elles restent sous-exploitées. Nous pouvons le faire. La nature nous a donné beaucoup de richesse, c’est à nous d’accepter de prendre des risques pour faire avancer les choses positivement », croit-elle.
Ce défi de contribuer à l’essor de son terroir, de son pays en particulier s’est renforcé au fil des années.
Une formation pluridisciplinaire
Née à Dakar où elle a fréquenté l’école primaire « Notre-Dame du Cap-Vert » de Pikine, puis au Lycée international Bilingue de Ouakam, Fansar Souané va poursuivre ses études secondaires au Lycée Ibou Diallo où elle obtient son baccalauréat.
Elle rejoint l’université Gaston Berger pour des études de première année en sociologie.
L’année suivante, elle se rend en France.
« J’ai fait une licence en administration économique et sociale avec une spécialisation dans les ressources humaines. C’est une formation pluridisciplinaire qui nous prépare à entrer dans l’administration publique comme privée. Ça m’a permis d’avoir une lecture de l’économie et de la politique, entre autres », indique-t-elle.
En France, Fansar n’a pas chômé, elle obtient d’autres diplômes tel un master en administration des entreprises à Paris 1.
Un diplôme qui va vite provoquer le déclic.
Ainsi, en retournant au Sénégal, elle opte pour l’agro-alimentaire.
« Je me suis dit qu’il faut mettre en place quelque chose. J’ai ciblé le secteur agricole car avec tout le rendement pourquoi pas ne pas valoriser cette production locale en ciblant l’alimentation infantile », se demande-t-elle.
Aujourd’hui, la farine infantile transformée à base de riz local, au sein des « Vergers du Sud », obtient un retour positif.
« Quand les enfants mangent ce produit, ils sont souvent rassasiés et ne veulent plus prendre autre chose », assure Fansar Souané.
Les « Vergers du Sud » bénéficie de la générosité de la nature puisqu’à ce riz pluvial et du maïs, la principale matière première, « ni additif, encore moins de colorant sont ajoutés dans cet aliment ; c’est un produit qui correspond aux besoins nutritionnels des bébés », argumente Fansar Souané.
Seulement, la distribution des produits alimentaires pour enfants fabriqués au sein des « Vergers du Sud » n’est pas visible dans les autres contrées du pays.C’est dû à la question de la logistique.À cela s’ajoute le coût de l’énergie, qui vient parfois lourdement grever le budget de fonctionnement.
Par Jonas Souloubany BASSÈNE

