Après une inspection des stocks, l’intersyndicale de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), composée des 11 syndicats, a tenu un point de presse ce jeudi, dans les locaux de l’entreprise. L’objectif est de rassurer sur la disponibilité du sucre pour les fêtes religieuses tout en alertant sur les risques d’importations excessives.
Dagana – L’intersyndicale de la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), regroupant 11 organisations syndicales (UNSAS, CNTS, CSA, UDTS, CNTS/FC, CDSL, UTS, SDIASS, OLT, SLT, FGTS/B), a tenu hier, jeudi, un point de presse dans les locaux de l’entreprise à Richard-Toll. Après une tournée d’inspection des stocks et une analyse approfondie du marché, les syndicats ont voulu rassurer les consommateurs à l’approche des fêtes religieuses (Magal, Gamou et Assomption) tout en lançant un avertissement ferme aux autorités sur la gestion de la période d’inter-campagne.
Les représentants des travailleurs ont d’abord mis en avant les efforts constants de la CSS en faveur de l’autosuffisance sucrière du Sénégal, en cohérence avec la Vision 2050 de l’État. La journée « Portes Ouvertes » organisée en février par la CSS avait déjà permis aux commerçants, grossistes et à la Direction du Commerce Intérieur (DCI) de constater les avancées industrielles et agricoles. Pour la campagne 2025-2026, la modernisation de l’outil de production et les investissements agricoles ont permis de dépasser les objectifs, avec une production supérieure à 140 000 tonnes.
Au mois de juin, en présence du Directeur du Commerce Intérieur, les stocks étaient évalués à 70 000 tonnes, réparties entre Richard-Toll et Dakar. À ce jour, ils s’élèvent à près de 50 000 tonnes, un niveau conforme aux prévisions et largement suffisant pour couvrir les besoins nationaux et les fêtes d’août 2026. L’intersyndicale estime, toutefois, que le gap à importer pour la période septembre-novembre 2026 doit être strictement limité à 60 000 tonnes, conformément au cadencement des consommations mensuelles partagé avec le ministère du Commerce et de l’Industrie.
Les syndicalistes ont aussi rappelé avec insistance les erreurs de l’année précédente. En 2025, l’ouverture précoce des marchés en juillet avait conduit à des importations excessives, estimées à environ 160 000 tonnes au lieu des 60 000 tonnes nécessaires (sur la base d’une consommation nationale d’environ 20 000 tonnes par mois). Cette situation a provoqué une mévente durable jusqu’en février 2026, obligeant la CSS à démarrer la nouvelle campagne avec des stocks pléthoriques. Résultat : une dette bancaire inédite de 75 milliards de FCFA au 31 janvier 2026 et des retards importants dans le recrutement des travailleurs saisonniers.
Impact humain
Derrière les chiffres, les syndicats ont insisté sur la dimension humaine. De nombreux saisonniers n’ont repris le travail qu’en février, voire à la fin de la campagne, exposant des familles entières à la précarité dans un contexte économique déjà difficile. Avec plus de 7 500 travailleurs (99 % de Sénégalais et d’Africains, avec une moyenne d’âge de 45 ans), la CSS reste un pilier social majeur. « Un travailleur qui ne travaille pas est un père ou une mère de famille confronté au chômage », ont-ils souligné.
L’intersyndicale a donc lancé un appel solennel aux autorités, en particulier au ministère de l’Industrie et du Commerce, pour qu’elles respectent les estimations d’importation et évitent toute « dérégulation massive » du marché. Les syndicats se sont clairement positionnés contre la distribution abusive de DIPAS (autorisations d’importation) qui, selon eux, pénalise l’entreprise citoyenne et ses employés. « Debout, camarades, pour maintenir la CSS, debout pour préserver nos emplois », ont conclu les syndicats, affirmant leur unité et leur détermination à barrer la route à toute forme de compromission.
Ce point de presse illustre la double préoccupation des travailleurs, qui est de garantir l’approvisionnement régulier du marché sénégalais tout en protégeant l’outil industriel national et les milliers d’emplois qui en dépendent. Les autorités sont désormais attendues au tournant dans la calibration des importations de la période d’inter-campagne.
Tidiane SOW (Correspondant)


