Le Sénégal reste un bon élève dans la lutte contre le paludisme. Toutefois, cette maladie reste un défi majeur de santé publique malgré les progrès réalisés. Surtout dans le cadre de l’élimination annoncée pour 2030. Pour y arriver, le pays doit combler le gap de financement noté dans l’exécution de son Plan stratégique national pour l’élimination du paludisme (Psnep) 2026-2030 et estimé à 146,6 milliards de FCFA.
Sur un montant de 150,4 milliards de FCFA à mobiliser dans le cadre du Plan stratégique national pour l’élimination du paludisme (Psnep) 2026-2030, le Sénégal n’a, pour l’instant, mobilisé que 2,8 % des ressources nécessaires. Il reste 146,6 milliards de FCFA à rassembler pour atteindre l’objectif d’élimination du paludisme en 2030 et ramener l’incidence de cette maladie à moins de 1 pour 1000 et 0 décès.
Pour combler cet énorme déficit, une table ronde, consacrée à la mobilisation des ressources et à la contribution du secteur privé pour l’élimination du paludisme au Sénégal, s’est tenue le 4 juin 2026, à Dakar. C’est à l’initiative de l’Ong Speak Up Africa en collaboration avec l’Observatoire de suivi des indicateurs de développement économique (Osidea), le Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp), etc. Elle a réuni divers acteurs, particulièrement des représentants des industries extractives, du patronat, des collectivités territoriales, des parlementaires, de la société civile et des partenaires techniques et financiers.
Le renforcement du financement domestique devient ainsi un impératif, comme l’ont relevé différents intervenants qui ont souligné la nécessité pour le secteur privé, surtout les industries extractives, de s’impliquer davantage pour que le Sénégal puisse atteindre l’objectif d’élimination du paludisme en 2030.
« Les entreprises minières, pétrolières et gazières, qui opèrent souvent dans des zones fortement touchées par le paludisme, ont la capacité et la responsabilité d’être des acteurs de premier plan dans cette lutte, au bénéfice de leurs travailleurs et du devenir des communautés riveraines », a déclaré le Dr Youssouph Tine, directeur général de la Santé. Toutefois, il a précisé qu’il n’est point question d’un appui financier ponctuel, mais « d’un partenariat stratégique durable ».
Logique d’investissement systématique
« Il nous faut désormais passer d’une logique d’appui ponctuel à une logique d’investissement systématique, dans le cadre d’une coalition forte entre l’État, le secteur privé, les entreprises extractives et la société civile », a-t-il lancé.
Ce faisant, M. Sy a invité « les entreprises à intégrer la lutte contre le paludisme dans leurs politiques de responsabilité sociétale, à protéger leurs employés et les communautés de leurs zones d’implantation et à contribuer à la promotion de comportements de prévention ».
Un appel en écho à celui de Cheikh Oumar Sy, président d’Osidea. S’adressant aux capitaines d’industrie et acteurs du secteur privé présents à la table ronde, il les a exhortés à ne plus limiter la lutte contre le paludisme à « une simple ligne budgétaire de charité ou d’action sociale optionnelle ».
Il estime que leur engagement doit être « intégré, de manière systémique et stratégique », dans leurs « politiques environnementales, sociales et de gouvernance (Esg) et responsabilité sociétale d’entreprise (Rse) ». « Investir dans l’élimination du paludisme sur les territoires où vous opérez, c’est sécuriser votre capital humain, optimiser votre productivité et pérenniser votre croissance », a motivé M. Sy.
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Convaincue de l’importance de l’implication de tous pour relever les défis, singulièrement celui de la mobilisation des ressources financières afin d’atteindre l’élimination en 2030, le Dr Astou Fall, directrice des Programmes à Speak Up Africa, n’a pas hésité à parler d’« une responsabilité collective ».
Dans le même sillage, Cheikh Oumar Sy a évoqué « la co-construction d’une feuille de route nationale pour la mobilisation de ressources endogènes et la structuration d’un cadre permanent de partenariat public-privé ». D’après le président d’Osidea, « en unissant l’expertise technique du Pnlp, les méthodes de plaidoyer éprouvées de Speak Up Africa, la force de contrôle de nos parlementaires et la puissance financière du secteur privé, nous pouvons faire du Sénégal un modèle sous-régional unique d’indépendance sanitaire ».
Maïmouna GUÈYE

