Pour cause d’utilité publique, l’État du Sénégal a prononcé par décret n° 2023-049 du 13 mars 2023, le retrait du bail consenti à l’Association Racing Club de Saint-Louis, sur une assiette foncière de 8 510m2. La mairie de Saint-Louis a octroyé au groupe Edk un bail emphytéotique de 25 ans sur 2.500m2, afin d’y implanter un supermarché. Cette affaire a suscité, ces derniers jours, un débat entre la municipalité et des acteurs de Saint-Louis
En vue des Jeux olympiques de la jeunesse (Joj 2026), la commune de Saint-Louis avait voulu accueillir des disciplines telles que le tennis et la natation. En 2023, le président Macky Sall a validé la mise à disposition d’une assiette foncière appartenant à l’Association Racing club au profit de la municipalité. Cependant, la vieille ville n’a pas été sélectionnée pour accueillir les Joj. Ainsi la municipalité de Saint-Louis a décidé d’affecter au Groupe Edk, sur le site de Racing Club, une assiette de 2.500 m2 sur les 8.510 m2 disponibles, sous forme de bail emphytéotique d’une durée de 25 ans.
Aujourd’hui, cette décision fait l’objet de controverses à Saint-Louis. Si certains parlent d’un projet d’intérêt général au profit des habitants de Saint-Louis, d’autres y voient un manque d’ambition de la part des autorités locales.
Pour Alioune Diop, adjoint au maire de Saint-Louis en charge des grands travaux, joint au téléphone, ce projet, qui fait aujourd’hui débat, a été présenté lors de la dernière session du Conseil municipal. D’après lui, les élus, après avoir écouté la proposition du bureau municipal, ont voté à l’unanimité pour l’affectation d’une partie du site au groupe Edk.
« Je ne pense pas qu’il y ait un grand problème et la grande majorité des Saint-Louisiens sont en phase avec ce projet. Aujourd’hui, avec la non-sélection de notre commune pour l’accueil de certaines disciplines lors des Joj 2026, nous avons décidé de réaliser sur le site du Racing Club des équipements socio-économiques, car Saint-Louis a besoin d’emplois et des activités économiques », a soutenu M. Diop.
Imbroglio
Il a souligné que la problématique de l’emploi est réelle à Saint-Louis, ce qui explique l’idée de mettre en place un supermarché.
De plus, a poursuivi l’adjoint au maire de Saint-Louis, les discussions, qui ont permis la concrétisation de ce projet, ont été fructueuses. Il a fait savoir que le groupe Edk a accepté toutes les propositions faites par la municipalité.
« Ils paient 2.500.000 FCfa par mois pour l’occupation d’un terrain nu de 2.500 m2. Lorsqu’elle va ouvrir, cela va développer l’activité économique et les Pme pourront écouler leurs produits », affirme-t-il avec conviction. Toutefois, M. Diop a fait savoir qu’il reste plus de 4.000 m2 sur cette assiette.
Ousmane Noreyni Guèye, responsable politique de Pastef à Saint-Louis, a, au bout du fil, pris le contre-pied de l’adjoint au maire de Saint-Louis en charge des grands travaux. Selon lui, l’État du Sénégal a effectivement retiré le bail du Racing club pour cause d’utilité le 13 mars 2023.
« Nous sommes des patriotes et nous appuyons le secteur privé national à l’image du groupe Edk, et comme toute autre entreprise sénégalaise. Notre préoccupation, ce n’est pas à qui on a donné le bail. Mais plutôt, qu’est-ce que l’on fait de ce foncier. Quand on parle de cause d’utilité publique, il s’agit d’un usage qui doit transcender les intérêts particuliers pour servir la collectivité », a-t-il exposé.
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M. Guèye trouve que l’on peut développer des activités, à plus forts impacts sur cette assiette. Pendant la durée des 25 ans de l’occupation du bail emphytéotique, a-t-il informé, le groupe Edk ne paiera que 510 millions de FCfa, soit 24 millions de FCfa par an.
À ses yeux, les retombées sont minimes, avec ce foncier qui se trouve au coeur de Saint-Louis.
« À la place, je trouve qu’on aurait pu y installer un pôle socio-économique intégré. Cela permettrait d’avoir des supermarchés et non un centre commercial, un lieu de loisirs et des espaces de restauration comme beaucoup de pays l’ont fait à l’image de la Côte d’Ivoire. Tout ceci étant possible, je ne comprends pas pourquoi la mairie décide de construire un supermarché sur cette assiette foncière », a-t-il argumenté.
Pour étayer ses propos, il a donné en exemple le marché d’Ajamé, en Côte d’Ivoire. À l’en croire, si la commune de Saint-Louis avait pris le modèle ivoirien, elle pourrait percevoir une redevance progressive et conservera la propriété foncière pendant que le partenaire privé opère et rentabilise son investissement. A son avis, avec ce modèle, la commune pourrait se retrouver avec plus de 1.000 emplois directs créés au détriment des 100 emplois directs que va générer le supermarché prévu par la mairie.
Bada MBATHIE

