Samedi 4 avril 2026, la ville de Thiès a vibré au rythme des couleurs nationales avec la célébration de l’indépendance du Sénégal. La délocalisation de cette fête, célébrée pour la plupart du temps à Dakar, a permis de faire rayonner les spécificités territoriales de la capitale du Rail, alliant culture, histoire et festivités. Selon des experts, la délocalisation de la fête de l’indépendance dans les autres régions du pays doit être maintenue dans les années à venir afin de valoriser les richesses locales.
La délocalisation de la fête de l’indépendance, cette année, à Thiès, a marqué les esprits. Au-delà d’être une célébration symbolique, qui rappelle notre accession à l’indépendance, elle a valorisé la capitale du Rail et participé à la promotion de sa culture, son histoire, etc. Cette fête, longtemps célébrée à Dakar, doit, aujourd’hui, être imprégnée dans la conscience collective de tous les Sénégalais, avec une vulgarisation plus élargie pouvant permettre la valorisation de l’arrière-pays. Pour les spécialistes du développement local, il est nécessaire de mettre la lumière sur les autres territoires, pour que cette fête nationale puisse être un véritable levier de changement et surtout une marque de fabrique pour créer des dynamiques locales sûres et durables.
Saluant cette initiative, Daouda Thiandoum, urbaniste et géomarketeur, estime que cette délocalisation joue un rôle déterminant dans la valorisation des ressources et des potentialités des territoires. Cela permet, dit-il, de créer une dynamique qui se traduit par la stimulation de l’économie locale avec la présence d’individus venus de divers horizons, permettant la création d’emplois temporaires. À son avis, cette initiative permet de mettre en lumière les avantages comparatifs d’une zone qui se manifeste par ses spécificités territoriales à travers notamment la culture, l’artisanat, la vitalité économique, le patrimoine matériel et immatériel. M. Thiandoum souligne que « l’un des plus grands enjeux concernant la délocalisation de cette fête est le rayonnement et l’influence de la ville hôte sur toute l’étendue du territoire national y compris sur le plan international ». De plus, poursuit-il, on assiste au développement des infrastructures qui se manifeste par l’embellissement urbain. « À Thiès, nous avons noté une amélioration de la voirie urbaine, le renforcement de l’éclairage public, l’aménagement d’espaces verts. Dans la même veine, nous avons noté la mise en place d’équipements structurants, qui ont été réhabilités pour la cause. Le mobilier urbain est totalement amélioré et l’ensemble de ces travaux seront au bénéfice des habitants de la ville », a relevé l’urbaniste. Néanmoins, l’expert appelle l’État à laisser les territoires concevoir leur programme. Il s’agit, pour lui, d’un aspect extrêmement important avec la mobilisation, par le biais du gouvernement, de toutes parties prenantes au niveau local.
Valoriser les spécificités territoriales
« Il faudrait arriver à changer la donne de sorte que les territoires qui vont accueillir le défilé soient au coeur du dispositif et qu’eux même organisent la programmation de cet évènement au niveau territorial », a ajouté Daouda Thiandoum. Selon lui, puisqu’on parle de territorialisation des politiques publiques et de responsabilisation des localités, il faudrait que l’État joue son rôle en restant sur ses prérogatives, mais en renforçant davantage le pouvoir des territoires. À l’en croire, cela peut amener une certaine émulation entre les différents territoires, mais également une concurrence positive à telle enseigne que l’animation locale et les spécialités territoriales vont s’observer sur l’étendue du territoire national.
Par ailleurs, le géomarketeur pense que cet évènement peut être un tournant décisif dans le développement des territoires s’il est perçu non pas comme un simple évènement, mais comme une stratégie insérée dans un programme national, afin qu’il soit un levier de croissance endogène. À l’heure des Pôles territoires, ajoute-t-il, il faudrait faire de sorte que chaque région ou chaque pôle hôte puisse avoir un projet territoire aligné avec la fête de l’indépendance.
Pour sa part, Mountaga Diallo, Professeur de Géographie à l’Ucad, a souligné que le fait de délocaliser la fête peut constituer un moyen pour renforcer l’attractivité de nos villes, particulièrement les capitales régionales. À ses yeux, c’est source de dynamisme économique, singulièrement par le renforcement, voire la création de nouvelles activités et des revenus. À cet effet, renchérit-il, la délocalisation permet de valoriser les ressources culturelles et les identités locales lors des festivités marquant la journée du 4 avril. « Il faut concevoir un programme spécifique indépendance qui doit s’intégrer à nos politiques sectorielles (pavage, voirie, espaces verts, équipements culturels, espaces économiques, etc.), avec l’objectif de renforcer le rôle moteur de nos villes régionales. Il faut vraiment une option structurelle cohérente et durable, pour plus d’effet et d’impact. Par exemple, il faut déjà que les régions qui doivent abriter les trois prochaines éditions soient identifiées dès à présent et les financements mis à disposition à temps », a suggéré le Pr Diallo. En ce qui concerne le programme indépendance, il est d’avis qu’il doit être bien articulé avec le projet Pôle territoire et se faire en relation avec les collectivités territoriales, spécialement les maires des villes régionales devant abriter les festivités. Dans cette optique, l’universitaire soutient qu’il serait aussi important que les choix d’investissements et d’aménagements soient cohérents avec les priorités locales et urbaines.
Bada MBATHIE

