La résidence de l’Ambassade du Canada a accueilli un petit-déjeuner-débat mercredi, autour de la participation des femmes dans les opérations de maintien de la paix. Initié par l’Elsie Initiative, l’événement a réuni les chefs des divisions OPEX (Opérations Extérieures) de l’Armée, de la Gendarmerie et de la Police, qui ont souligné l’importance stratégique des femmes sur le terrain et leur rôle croissant dans les missions internationales.
Mathieu Babin, conseiller politique à l’Ambassade du Canada, souligne que « c’est le troisième événement » qu’ils organisent cette année. Lancé en 2017 par le Canada lors de la conférence des ministres de la Défense pour le maintien de la paix à Vancouver, l’objectif de l’Initiative Elsie est de « renforcer la participation des femmes dans les missions de paix.
Il ne s’agit pas d’en avoir dans les unités de soutien uniquement, mais de les voir dans l’ensemble des unités opérationnelles », précise M. Babin. Il explique ainsi que l’idée de cette rencontre est de créer des plateformes d’échange entre les forces de défense et de sécurité, mais aussi la société civile et même la jeunesse sénégalaise. Cela permet de favoriser un dialogue pour créer un véritable écosystème qui se penche et qui travaille sur les barrières, les enjeux, les opportunités pour favoriser la participation des femmes dans les opérations de la paix ».

C’est dans ce sillage que, tour à tour, le colonel Assane Seck de la Gendarmerie, le commissaire principal Ndiaga Ka de la Police et le lieutenant-colonel Pape Momar Mboup sont revenus sur l’apport inestimable des femmes dans les opérations de maintien de la paix.
« Quand on parle d’opération de maintien de la paix, le plus souvent, ce n’est pas quelque chose qui a été prévu normalement dans la Charte des Nations unies », affirme le colonel Assane Seck. Selon lui, « les opérations de maintien de la paix sont des missions menées quand la paix et la sécurité internationales sont menacées. Toutefois, les opérations sont menées du point de vue réglementaire sous l’égide des chapitres inscrits au niveau de la Charte des Nations unies ».
Le colonel Assane Seck explique qu’il y a trois types de règlements. « Le premier, c’est le règlement pacifique qui est prévu par le chapitre VI des Nations unies. Cela concerne la prévention et le règlement des conflits. Puis il y a le chapitre VII qui décerne un mandat beaucoup plus robuste en cas d’agression avec l’utilisation de la force. Et il y a le chapitre VIII qui prévoit donc les arrangements régionaux. » Il n’a pas manqué de souligner le rôle des femmes dans ces opérations. « Du point de vue tactique et opérationnel, on s’est rendu compte que dans la stratégie de captage, elles sont beaucoup plus adaptées », précise-t-il.
Colonel Seck affirme également qu’il y a des efforts considérables en cours concernant la promotion et la participation des femmes dans les opérations pour le maintien de la paix et de la sécurité au niveau de la gendarmerie.
Des actrices incontournables
Le commissaire principal Ndiaga Ka a encouragé dans ce sens les élèves des clubs Elsie de la Maison d’Education Mariama Ba et du Lycée John Kennedy présentes dans l’assistance à faire, sans peur, le concours de la police ou de la gendarmerie. Il précise qu’au niveau de la police, lorsqu’il s’est agi d’engager le personnel féminin dans les contingents, cela a été fait comme à la gendarmerie : c’était un critère de sélection. « Il faut d’abord que la candidate soit reconnue apte, qu’elle ait un certain nombre d’années. Pour nous (la police), c’était trois ans pour le personnel subalterne et cinq ans pour le personnel de commandement », explique-t-il.
Sur le terrain, aucune distinction ! Le commissaire Ndiaga Ka expose une réalité ignorée par la plupart .« Le personnel féminin engagé sur le terrain confronte le casque lourd qui fait 4 à 5 kg ; le gilet pare-balles, 6 à 7 ou 8 kg ; puis l’arme et les trois chargeurs garnis font au moins 12 à 15 kg. Donc, il n’y a aucune différence entre l’utilisation du personnel féminin et du personnel masculin quand il s’agit de porter l’uniforme », confie-t-il.
Le lieutenant-colonel Pape Momar Mboup, chef de la Division Opération de Maintien de la Paix (DOMP), État-major général des Armées, rebondit sur cette idée.
Il évoque également « le processus de sélection, de formation et de préparation au déploiement. C’est à ce niveau que se joue la transformation réelle. Mais il est essentiel d’adapter les conditions de déploiement », dit-il. Et d’ajouter : « Il faudra éviter à tout prix un décalage entre l’ambition politique et la réalité du terrain. Le cas échéant, nous ne produirons que des chiffres… et très peu d’impact réel ».
Entre tenue, terrain et défis à relever
« Les femmes ont suffisamment fait leurs preuves dans tous les domaines », déclare Diago Ndiaye, présidente sortante du Réseau Paix et Sécurité pour les Femmes de l’Espace Cedeao.
Elle affirme qu’on ne parle plus de défis, mais davantage de la participation de ces femmes dans les opérations de maintien de la paix. « Ce qui reste à voir, c’est comment les rendre beaucoup plus opérationnelles pour qu’il y ait plus d’impact, ou plus précisément de jeunes dames qui participent à ces opérations de paix et de maintien de la sécurité », affirme-t-elle.
Toutefois, « le contexte dépend aussi des zones. Chaque pays, chaque zone géographique a ses spécificités, ses contraintes socioculturelles et il faut s’adapter à cela. Elles ont su relever ces défis parce qu’en tant que femmes, elles sont plus attentives que les hommes. Elles ont plus de proximité avec les populations sur le terrain. Et ce sont des valeurs ajoutées », ajoute-t-elle.
Première femme africaine à remporter le Prix du Maintien de la Paix, Codou Camara, commissaire divisionnaire de classe exceptionnelle à la retraite, encourage ses pairs à embrasser la police, la gendarmerie, l’armée et les services correctionnels, pour ensuite apporter d’autres Prix du maintien de la paix au Sénégal. « Nous devons tout faire pour représenter notre pays et bien le représenter à travers le monde », soutient-elle.
Fatou NDIAYE


