Avance… C’est ce qu’elle se serait dit à un moment charnière de son parcours, comme une parole intérieure devenue boussole, repère discret et force constante. Aujourd’hui à la tête du Programme d’urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers, Docteure Ndèye Marième Samb incarne une trajectoire remarquable, où la rigueur de la géographie, la profondeur de la recherche et l’engagement constant sur le terrain s’unissent dans une même exigence de transformation. Figure de l’action publique et de l’intelligence territoriale, elle porte une vision ambitieuse de l’équité spatiale, faisant des zones frontalières des espaces stratégiques au coeur du développement national
Prométhée, dans la mémoire grecque, a offert aux hommes le feu comme on transmet une part de lumière et de risque, ouvrant la voie à ce qui dépasse les limites fixées. Dans une tonalité plus contemporaine, le parcours de Docteure Ndèye Marième Samb s’inscrit dans cette idée d’un savoir qui circule et d’une action qui éclaire les marges, en portant les territoires frontaliers au centre de l’attention publique et en y greffant une politique de transformation concrète au service de l’équité territoriale.
Quand on emprunte le couloir qui mène vers son bureau, avant même d’en pousser la porte, c’est un son assez rebattu dans les couloirs de l’administration que l’on perçoit. Ce son est celui du froissement du papier, rythmé par le martèlement régulier du cachet. C’est donc, en quelque sorte, une cadence de travail soutenue, ordonnée, qui traduit immédiatement l’intensité du lieu. La porte s’ouvre doucement ; on attend, comme au théâtre, que le rideau de la curiosité tombe pour enfin voir celle qui est derrière les grandes innovations sur les axes et territoires frontaliers du Sénégal. Docteure Ndèye Marième Samb se révèle à nous comme une épiphanie, lève les yeux, accueille avec chaleur, puis reprend sans délai le fil des dossiers posés devant elle.
Elle est assise droite, légèrement inclinée vers l’avant, entièrement tournée vers la tâche en cours. Coordonnatrice nationale du Programme d’urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers, elle incarne une trajectoire construite entre excellence académique, engagement de terrain et action publique. Son parcours commence à Tivaouane jusqu’au baccalauréat, avant son admission à l’Université Gaston Berger, où elle découvre la géographie. Elle poursuit avec une maîtrise en urbanisme, puis un master en aménagement du territoire, décentralisation et développement local à Dakar. C’est à ce moment que se renforce son intérêt pour les dynamiques territoriales et les questions d’équité spatiale. « J’ai intégré l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 pour un doctorat portant sur la gouvernance territoriale et la participation citoyenne au Sénégal », renseigne-t-elle d’emblée. Sa recherche reste profondément ancrée dans le réel, nourrie par des expériences de terrain et des allers-retours constants entre observation et analyse.
Parallèlement, elle développe une carrière professionnelle dense. Elle débute dans la consultance comme stagiaire au cabinet GERAT, avant de rejoindre le Forum civil en tant que chargée de projet sur des programmes liés à la gouvernance, à la décentralisation et à la transparence. Elle y évolue ensuite jusqu’au poste de secrétaire exécutive. « J’ai poursuivi ensuite à l’Agence de développement municipal, où j’ai occupé des fonctions de chargée de projet, coordonnant plusieurs interventions structurantes, notamment le projet de protection du littoral à Saint-Louis contre l’érosion côtière », renchérit la coordonnatrice nationale. Elle quittera cette structure pour rejoindre l’Université Amadou Makhtar Mbow en tant qu’enseignante-chercheuse.
PRÉMICES D’UNE ÉLÉVATION QUI SE CONSTRUIT…
Malgré de nombreuses pérégrinations, son parcours est traversé par une même ligne directrice : le territoire, une préoccupation nourrie dès l’enfance, dans un environnement marqué à la fois par le monde rural et l’enseignement. Dans son travail de tous les jours, une expérience cruciale reste structurante dans son modus operandi. Il s’agit d’une mission à Kédougou, dans le cadre de l’élaboration de plans locaux de développement, jusqu’à Rosso, à la frontière sénégalo-mauritanienne. Le partage d’un repas avec un chef de ménage dans un village enclavé marque durablement sa compréhension des réalités frontalières. Elle s’en souvient comme d’une madeleine de Proust et laisse entendre que ce sont des expériences qui restent et rappellent le sens de l’engagement.
Ainsi, les premières mesures ont été guidées par une logique simple de rationalisation et de recentrage des priorités. Docteure Ndèye Marième Samb explique avoir d’abord travaillé à aligner le fonctionnement du programme sur les cadres de référence existants, en réajustant les procédures et les plans de travail pour plus de cohérence et d’efficacité. « Les premières mesures, c’est la rationalisation.
On a pris vraiment le cadre de référence normal, donc ce qui existe dans les procédures, ce qui devrait exister dans le plan de travail. Cet alignement était très lourd, mais nous l’avons fait, avec des résultats très concrets », confie-t-elle.
Ce travail d’ajustement interne a eu des effets directs sur le terrain. Les marges dégagées ont permis de financer des interventions jugées prioritaires, notamment lors des crues du fleuve et dans l’appui aux populations déplacées de retour. « Je parlais tantôt de ce que nous avons pu faire pendant la crue du fleuve. La première crue, nous l’avons entièrement financée avec ces actions de rationalisation », gage-t-elle.
Au-delà de la technique budgétaire, elle insiste sur un principe directeur qui a orienté ces choix : celui du recentrage sur les bénéficiaires réels du programme. « Ces mesures ont été guidées par une simple évidence : le programme de modernisation des territoires frontaliers est destiné aux populations frontalières. À force de travailler sur ce type de programme, on peut parfois oublier cette évidence. Ce recentrage nous a permis de redéployer les ressources vers ce qui impacte directement les personnes qui vivent dans ces zones », affirme-t-elle.
PUMA SUR LES RAILS
Lorsqu’elle prend la tête du Puma, elle n’est pas en rupture avec son parcours. Elle connaît déjà les zones frontalières, les a parcourues à plusieurs reprises dans le cadre de ses travaux et missions. Elle découvre un programme stratégique confronté à des défis de gouvernance, de transparence, d’efficacité et d’impact, mais aussi porteur d’opportunités fortes dans un contexte où les territoires frontaliers deviennent centraux dans les politiques de développement.
Les interventions se déploient progressivement : appui aux populations déplacées en Casamance à travers le « Plan Diomaye pour la Casamance », construction d’écoles et de postes de santé, actions de désenclavement dans les îles du Saloum, interventions d’urgence à Tambacounda face aux inondations, reprise de projets à l’arrêt comme le lycée de Makacolibantang et la piste de Tangori. Parmi les réalisations, le village de Dimbaya occupe une place particulière. Situé en zone frontalière, longtemps privé de services essentiels, il bénéficie en une année d’une transformation profonde avec la mise en place d’infrastructures de base et d’un accompagnement global des populations. Elle affirme : « Nous sommes partis d’un village sans école, sans poste de santé, sans services essentiels. Aujourd’hui, les populations vivent un changement concret et expriment un sentiment fort de reconnaissance et d’appartenance ».
Pour elle, l’impact se mesure autant dans les infrastructures que dans les perceptions, dans la relation restaurée entre l’État et les populations. Et cela résume clairement sa philosophie : être utile, répondre aux besoins là où ils se posent, sans hiérarchiser la valeur des situations. C’est dans cette relation directe aux territoires, dans la perception concrète de ce qui change, que Docteure Ndèye Marième Samb trouve la confirmation la plus juste de son engagement.
Par Amadou KEBE

