Le remariage relève pour beaucoup d’un pari risqué. La peur de revivre l’échec, des blessures encore ouvertes peuvent perturber tout une vie, faisant craindre le pire. Si certains restent profondément marqués par cette désillusion, d’autres décident de sauter le pas avec l’espoir d’un bonheur infini au bout de ce tumultueux tunnel.
« Ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants ». Ce « happy end » (fin heureuse) idéal, lu dans les histoires et les romans à l’eau de rose, fait rêver après le mariage des personnages principaux. Mais dans la vraie vie, l’épilogue n’est pas toujours le même. Certains éléments perturbateurs peuvent troubler la quiétude d’un foyer et bouleverser le rêve d’une vie de famille épanouie.
C’est le cas de Matar Sy (nom d’emprunt). Le menuisier n’a pas eu la chance de connaître le bonheur conjugal. Chez lui, la famille, ce n’est pas qu’un concept. À l’image de ses parents, le jeune homme de 35 ans a longtemps nourri le rêve de vivre une vie de couple harmonieuse. Pour lui, le mariage était la seule chose qui manquait à sa vie, et il était hors de question de chercher ailleurs une épouse. « Je suis quelqu’un de très attaché aux valeurs familiales. Je crois fermement que ces unions participent à solidifier les liens familiaux », soutient l’homme à la peau d’ébène, un sourire amer au coin des lèvres.
Le longiligne décide donc de s’unir à une de ses cousines en 2019. « J’ai vécu cinq ans avec ma première femme. Mais c’était loin d’être un long fleuve tranquille. Mon épouse était très influençable et écoutait beaucoup sa sœur aînée », avoue-t-il. À l’en croire, cette dernière n’était pas pour cette union, car son travail de menuisier ne pouvait subvenir aux besoins de sa sœur. « Cela me faisait vraiment de la peine, car je faisais tout pour le bonheur de mon épouse », révèle-t-il, ému.
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Le couple enchaîne donc disputes sur disputes. Un jour, sa femme lui fait part de son vœu d’aller rendre visite à ses proches. Ce voyage, qui devait durer une semaine, se prolonge. « Je suis parti la chercher chez ses parents. Mais elle m’a dit qu’elle voulait que je la libère pour de bon », confie-t-il, dépité.
Matar Sy comprend que ce qui devait être un voyage de courte durée était un plan échafaudé par sa femme avec l’aide de sa belle-sœur. « Mais je ne me suis pas laissé démonter. J’ai tout fait pour qu’elle revienne à la maison. Cependant, je me suis rendu compte qu’il n’y avait plus rien à sauver de cette histoire », révèle-t-il avec amertume.
M. Sy découvre que sa femme a une relation extraconjugale. « C’est à ce moment que je me suis rendu compte qu’elle était juste revenue pour faire taire la pression familiale », confie-t-il, la voix enrouée par l’émotion. Pris d’orgueil, le menuisier finit par mettre un terme à cette union. « J’étais à la fois triste et dégoûté. Je ne pouvais imaginer qu’elle allait me trahir de la sorte. Quand j’ai découvert les messages, c’est comme si le ciel se dérobait sous mes pieds. Je me suis finalement résolu à la libérer devant toute la famille, sans entrer dans les détails », affirme-t-il, résigné.
Mais cette peine de cœur est loin de démoraliser celui qui se décrit comme un éternel romantique. Il s’unit à une autre cousine trois mois plus tard.
Désamour
Rebelote ! « Je n’avais pas d’appréhensions particulières au moment de me lancer à nouveau dans cette aventure, car je me suis dit que c’était une question de destinée », souligne notre interlocuteur d’un regard franc. Mais, à l’en croire, c’était loin d’être une mince affaire. « J’y suis entré avec beaucoup d’espoir. Mais j’ai vite déchanté », confie-t-il.
Matar Sy avoue avoir eu affaire à une « femme belliqueuse et problématique ». Selon lui, son épouse ne faisait aucun effort pour que ça fonctionne entre eux. « Elle ne s’occupait pas de moi. Je prenais sur moi car elle était de la famille », se désole-t-il. « Je pensais vraiment que cette fois-ci serait la bonne. Cependant, la situation empirait de jour en jour », avoue Matar, la mine déconfite.
L’arrivée d’une grossesse devait aider à ressouder le couple. Mais le trentenaire a à peine eu le temps de savourer la nouvelle. « Dès l’annonce, elle a tout fait pour interrompre la grossesse. Je l’ai ensuite amenée à l’hôpital, mais c’était trop tard. Elle avait ingurgité une bonne dose de médicaments, suffisants pour mettre un terme à la grossesse. Elle a évoqué comme raison sa peur de mourir en couche », explique-t-il d’un air dépité.
Finalement, Matar Sy finit par libérer sa cousine pour, justifie-t-il, sa paix intérieure. Néanmoins, le sieur reste marqué par ses deux expériences.
Leurres
Pour lui, se remarier ne fait pas partie de ses priorités. « J’ai peur de me remarier pour la troisième fois. Car, les plaies sont encore béantes », avoue celui qui préfère rester célibataire.
Mamy Diokhané (nom d’emprunt) a également eu beaucoup d’appréhensions au moment de se remarier. Comme Matar Sy, la femme de 45 ans a été mariée pour la première fois à un de ses cousins. « C’était un mariage arrangé. Mais j’avais vraiment espoir que cela marche entre nous », se remémore-t-elle.
La femme au foyer tombe rapidement enceinte. « Malgré mes efforts, je n’étais pas amoureuse de mon mari. Je faisais tout pour être une épouse irréprochable, mais le cœur n’y était pas », avance-t-elle, plongée dans ses souvenirs. Des souvenirs encore douloureux, d’après Mamy.
La femme de teint clair et aux formes callipyges avoue aussi que son mari ne faisait pas beaucoup d’efforts. « Il ne s’occupait ni de moi ni de notre fils », confie-t-elle. À bout, elle finit par parler aux parents pour mettre fin à cette union.
Lors d’un voyage où elle part seule chez ses proches, Mamy expose toutes les souffrances vécues dans son ménage et met sur la table sa principale motivation : elle n’était tout simplement pas amoureuse de son époux. Ses parents la soutiennent et elle finit par obtenir le divorce après un long bras de fer avec son cousin. « Il a fini par me libérer. Mais il a gardé notre fils avec lui et, pour me faire souffrir, il l’a amené dans une école coranique, loin de moi ».
Après cet épisode douloureux, Mamy Diokhané se résigne à faire une croix sur l’amour. « Je suis restée célibataire pendant plusieurs années. Je ne voulais plus rien avoir affaire avec les hommes. Ce mariage arrangé m’avait un peu dégoûtée. J’étais plus focalisée sur ma vie professionnelle », révèle la femme de ménage.
Mamy Diokhané avoue être restée un bon bout de temps avant d’ouvrir son cœur à l’amour. « Après mon divorce, j’ai eu quatre demandes en mariage. Mais j’ai toujours dit niet. Introduire à nouveau un homme dans ma vie me terrifiait », confie-t-elle sans détour.
Mais elle finit par sauter le pas à nouveau, suite à une rencontre avec son futur époux.
Une lumière au bout du tunnel
Cependant, ce n’était pas sans craintes. Elle s’est posée beaucoup de questions avant de parler de son fils à son futur mari. « Comment mon fils allait-il le vivre ? Cet homme accepterait-il mon statut de femme divorcée et mère ? Sa famille allait-elle réagir comment ? C’était là les interrogations qui me taraudaient chaque jour », se remémore-t-elle.
En dépit de ces inquiétudes, elle finit par faire confiance à l’avenir et saute le pas. « Nous nous sommes mariés en 2021. Il m’a acceptée comme j’étais et m’a fait découvrir l’amour, le vrai », soutient-elle, un sourire béat au coin des lèvres.
« J’ai trouvé l’amour après un douloureux mariage. Mon mari m’a montré qu’il était bien possible d’être épanouie à nouveau. Il suffisait juste d’être avec la bonne personne », renchérit Awa Diatta (nom d’emprunt).
La quinquagénaire en est à son deuxième mariage. L’entrepreneure est dans un ménage polygame. « Mon mari est basé à l’extérieur. Mais il revient souvent au pays », confie-t-elle. Aujourd’hui, Awa se dit comblée après les « sombres années » vécues avec son ex-mari.
À l’époque, Awa gagnait sa vie en tant qu’agent commerciale dans une entreprise de la place. Belle, pétillante et généreuse, elle croquait la vie à pleines dents et valsait entre vie professionnelle et vie familiale. Mais cet équilibre va être troublé par la rencontre d’un homme qui deviendra son mari. « On était devenus amis et il m’a rapidement fait part de son souhait de m’épouser », fait-elle savoir, plongée dans ses souvenirs.
Réticente au départ, elle finit par accepter, suite à la pression familiale. Mais Awa se rend très vite compte que ce mariage était un « mariage d’ouverture ». « Un marabout lui avait dit que j’étais celle qu’il lui fallait. Après trois mois de mariage, il a commencé à gravir les échelons. Sa vie professionnelle était une véritable réussite », raconte-t-elle.
Mais l’entrepreneure confie qu’elle n’a jamais pu tomber amoureuse de celui qu’elle a toujours considéré comme un « frère ». « Sa vie avait changé et je n’étais pas incluse dans ce changement. Il me parlait à peine. Je dépérissais à vue d’œil. J’avais mal psychologiquement. J’ai finalement parlé à mes proches et il m’a accordé le divorce après une longue bataille », partage-t-elle.
Quelques temps après, elle retombe sur un de ses amis d’enfance via les réseaux, et celui-ci lui fait découvrir l’amour. « Il m’a prouvé que rien n’était fini et qu’on pouvait bien retrouver le bonheur après un premier mariage. Comme dit un proverbe wolof : Sëy nexul, seyaat mo nex (rien n’est plus beau que de convoler en secondes noces) », s’exclame-t-elle tout sourire, dévoilant un magnifique diastème.
Comme quoi, rien n’est jamais perdu !
Par Arame NDIAYE

