Tout au fond du Sénégal, là où le fleuve dessine ses derniers méandres avant la Mauritanie, se cache un village que peu de cartes touristiques dessinent. Niché dans la commune de Ndiayène Pendao, arrondissement de Thillé Boubacar, département de Podor, Loboudou Doué occupe l’une des pointes de terre les plus avancées à l’intérieur du territoire mauritanien, bordée littéralement par le fleuve Sénégal.
Pour le visiteur, c’est l’occasion rare de se tenir à un point où le Sénégal touche presque sa limite ultime, un sentiment de bout du monde que peu de destinations offrent encore dans la sous-région. Cadre naturel spectaculaire, patrimoine humain vivant, position géographique insolite : Loboudou Doué a tout pour séduire le voyageur en quête d’authenticité.
À quelques pas du village, Maaje Ndenndi marque le point précis où se rejoignent les fleuves Sénégal et Doué, l’une des plus belles attractions de toute la zone. Non loin, la forêt classée de Lamnadié, ancien refuge contre les razzias devenu havre pour une faune sauvage préservée, voisine avec l’île de Dounde et le Maayel, ce bras du fleuve autrefois poissonneux aujourd’hui menacé par l’ensablement.
La forêt, elle, veille sur ses mille six cent cinquante hectares protégés depuis 1938, tandis que les vestiges historiques de Balakos rappellent la mémoire plus ancienne de cette terre. Un jour, peut-être, le point d’embarquement historique du légendaire Bou El Mogdad servira même de départ à un circuit reliant Loboudou Doué à la réserve animalière d’Amboura.
A lire aussi : Le village où l’histoire se mêle à la légende (1/2)
Tout autour, la région est ponctuée de forêts classées, Koundi, Bawadji, Lamnadie, Mana Togni, Dioldi, qui dessinent une mosaïque verte entre steppe, savane arborée et cultures irriguées. Les vastes plaines inondables du fleuve, où paissent bœufs, chèvres et moutons au fil des crues, composent des paysages changeants selon les saisons : dorés et secs en saison sèche, submergés et miroitants en hivernage.
Pour le Dr Aboubakry Gollock, docteur en sciences économiques et maître de conférences titulaire, il est possible de tirer profit de ce potentiel touristique en désenclavant la zone, en réhabilitant les pistes et en installant un ponton, pour que les touristes puissent simplement parvenir jusqu’aux sites. Il faut ensuite, dit-il, former les acteurs locaux, guides, restaurateurs, artisans, afin d’offrir un accueil, des visites, un hébergement chez l’habitant et une restauration traditionnelle à la hauteur des attentes.
Il faut enfin instaurer une gouvernance inclusive, à travers un comité d’orientation et un comité de gestion associant directement les populations, pour que les retombées économiques profitent à tous plutôt qu’à quelques-uns, un modèle que le professeur propose déjà d’expérimenter dans le cadre d’une éventuelle escale de la croisière Bou-El-Mogdad.
Une destination touristique difficile d’accès
Il serait malhonnête de prétendre que Loboudou Doué est aujourd’hui une destination touristique aménagée. La piste qui le relie à la route nationale reste dégradée, particulièrement fragile en saison des pluies : c’est précisément cette difficulté d’accès qui a, jusqu’ici, préservé l’authenticité du lieu.
Une réhabilitation de la piste de production reliant Loboudou Doué à Ndiayène Pendao, associée à la future route du Walo, ouvrirait pourtant la voie à un tourisme rural et fluvial structuré dans toute cette partie du fleuve Sénégal, entre Podor, l’île à Morphil et la frontière mauritanienne. En attendant, Loboudou Doué reste une destination pour voyageurs avertis, prêts à emprunter des pistes exigeantes pour découvrir un Sénégal encore intact, celui des confins, du fleuve, et des hommes qui y vivent depuis toujours.
Par Oumar NDONGO

