À l’école, on nous enseignait, dès la classe de 6e, l’importance des verbes avoir et être. Ces deux auxiliaires sont considérés comme les piliers de la langue française, notre langue officielle. Ils ont toujours accompagné les autres verbes des différents groupes. Soit c’est le verbe être qui accompagne l’action, soit c’est le verbe avoir.
Mais une règle demeure immuable. Si avoir été se dit, jamais être n’a pu précéder le verbe avoir. Pourtant, dans notre contexte actuel, cette juxtaposition grammaticale revêt tout son sens sur le plan sociologique.
« L’avoir » est devenu l’auxiliaire le plus important. Il donne l’illusion d’un « être » accompli dans une société devenue matérialiste. Celle-ci accorde désormais du crédit à ce dicton : « On ne peut plus être sans avoir ».
Un témoignage récent sur TikTok illustre ce drame. Une jeune femme, établie à l’étranger, y raconte comment son mari a fini par « se prostituer » pour être à la hauteur de lourdes charges sociales.
Ses revenus mensuels lui permettaient à peine de joindre les deux bouts, le plongeant dans un stress permanent. Puis, comme par enchantement, leur vie a changé. Son mari semblait plus épanoui. Pilier financier d’une grande famille, il bombait le torse à l’idée de pouvoir satisfaire toutes les envies des siens.
Mais le réveil fut brutal lorsque la jeune femme découvrit que son époux entretenait des relations charnelles avec son patron et avait intégré un réseau homosexuel. Il se croyait au-dessus de tout soupçon.
Alors que la société braque habituellement ses projecteurs sur la prostitution féminine, l’actualité nous impose de déplacer le curseur. Ils sont de plus en plus nombreux, ces hommes qui se prostituent pour subvenir aux besoins de leur famille.
Les chiffres ne sont pas encore parlants, comme si la société refusait d’intégrer cette nouvelle donne. Quelques écrivains africains ont consacré des pages à ces pratiques souterraines. La prostitution n’est plus l’apanage des femmes. Elle est aussi masculine.
Dans un article publié en 2015 par Senenews, Amély-James Koh Bela, auteur du livre « La prostitution africaine en Occident », mettait à nu un système méconnu, mais bien entretenu par l’argent, la drogue et les pressions familiales.
Il s’agit de cet univers où des hétérosexuels en viennent à se livrer à des pratiques homosexuelles avec une seule motivation : l’argent. « Tous sont dans des situations économiques difficiles et la prostitution homosexuelle intervient alors comme un dernier recours », explique l’auteur dans une interview reprise sur la toile.
Il évoque également la différence avec le gigolo. « Le prostitué peut avoir des rapports homosexuels, zoophiles, hétérosexuels, etc. Le gigolo, lui, ne s’occupe que des femmes. »
L’auteur montre aussi comment des hommes sont prêts à sacrifier leur intégrité et leur dignité pour « bien paraître » et répondre aux multiples attentes sociales. Ils pensent pouvoir agir en toute discrétion.
Or, c’est ignorer que les réseaux sociaux, qui ont transformé la vie privée en une compétition de marketing permanent, accélèrent leur chute.
Dans ce lot figurent des étudiants, des pères de famille en détresse ou encore de jeunes chômeurs. La plupart ne cherchent pas le plaisir, mais la survie financière ou le maintien d’un standing social.
Les écrits soulignent que certains demeurent accros à l’argent en dépit de la « destruction du corps et de l’esprit ». « Ils sont déprimés, ont honte, mais continuent, car l’apport économique est très important. Cela peut aller jusqu’à 5 000 euros par semaine pour certains. Comparativement au SMIC, estimé à environ 1 100 euros par mois, il n’y a pas photo », rappelle l’auteur Amély-James Koh Bela.
« Tous refusent le mot prostitution. Pour eux, il s’agit d’un sacrifice, d’une débrouille, mais ils estiment ne pas avoir d’autre choix. »
Une pratique qui risque de gagner du terrain à l’heure où la famille s’est transformée en entreprise, où le rendement est privilégié. On n’est plus valorisé pour ce que l’on est, mais pour sa capacité à offrir un confort matériel.
Quand l’apparence prime sur l’essence, les vertus morales se conjuguent au passé…
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