La dèche est sans doute la seule maladie dont on souffre surtout quand le virus vous quitte. Tant qu’il est là, sous la forme de quelques billets, tout va bien. Dès qu’il prend la poudre d’escampette, c’est la fièvre des fins de mois qui commence.
Le malade perd l’appétit faute d’assiette, les amis faute d’intérêt, les courtisans faute de cour. Même les créanciers finissent par ne plus croire au crédit de sa parole.La pauvreté est une étrange pathologie. Elle ne tue pas toujours le corps, mais elle met l’âme à découvert. Les poches sont vides, les regards aussi. On vit d’expédients, de promesses et de lendemains qui chantent faux. On consulte les diseurs d’avenir parce que le présent, lui, a déjà rendu son verdict.
On dit volontiers que l’argent ne fait pas le bonheur. C’est vrai. Mais la dèche, elle, se charge très bien du malheur. Entre les deux, chacun choisira son mal. Il est des fortunes qui rendent arrogant. La dèche, elle, rend surtout transparent. On finit par ne plus compter. Ni pour les autres ni dans les comptes.
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