Il fut un temps où la politique savait faire sourire sans cesser d’être sérieuse. Les mots y avaient de l’esprit avant d’avoir de l’esprit de corps. Une formule bien tournée faisait plus de dégâts qu’une bordée d’invectives. De Gaulle redoutait le « trop-plein » politique. Mitterrand réglait ses comptes avec une pointe plus acérée qu’une épée. Fabien Roussel rappelait que « la station-service est le seul endroit où celui qui tient le pistolet est aussi celui qui se fait braquer ». Les idées faisaient mouche parce que les mots visaient juste.
Chez nous aussi, l’éloquence savait prendre le chemin du sourire. Senghor décoiffait Wade en expliquant qu’une tête incapable de porter des cheveux supporterait mal le poids d’un pays. Wade, jamais à court de forage verbal, puisait ses traits aussi profond que ses piques. Et Moustapha Niasse trouva le mot qui survit encore au scrutin. Wade, disait-il, n’avait pas remporté l’élection, il l’avait emportée. Deux verbes voisins, un monde de sous-entendus.
En politique, l’humour n’affaiblit pas l’adversaire seulement. Il grandit aussi celui qui en use. Le rire est parfois la plus élégante des démonstrations de force.
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