Il fut un temps où le lamb sénégalais sentait le lait caillé, la poussière chaude et les valeurs ancestrales. Le « soow » ouvrait les combats comme une prière de terre battue, pendant que le caxabal faisait trembler les gradins comme un tonnerre de quartier. Aujourd’hui, les KO claquent plus fort que les sabars, et les millions parlent plus vite que les griots essoufflés.
Mais voilà qu’un détail déraille la routine. Songo Tine, samouraï japonais passé par Thiès, débarque dans l’arène nationale comme une anomalie bien dressée. On l’a vu en mode apprentissage mystique, tentant des invocations en wolof, concentré comme un moine et têtu comme un lutteur de… Colobane.
Puis soudain, bascule : un bakk propre, chirurgical, presque zen. Face à Wouly Wouly Watte, il déroule une technique froide, efficace, qui rappelle la chute expéditive de Eumeu Sène face à Ada Fass : pas de poésie, juste la vérité du sol.
Comme certains commerçants chinois du boulevard du Centenaire devenus plus Sénégalais que le Marché Sandaga, il incarne une mondialisation paradoxale. Samouraï dans l’âme, local dans le geste.
Le lamb change de peau, mais pas encore d’âme. Peut-être.
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