Les caméras de surveillance sont devenues les véritables réalisatrices de la vie dakaroise. Elles filment désormais la vraie série du désastre en cette veille de Tabaski.
À la Médina, un gentleman du bétail gare calmement sa voiture, choisit ses moutons avec le sérieux d’un client au supermarché, puis embarque la marchandise sans ticket de caisse. Même les béliers ont dû croire à une livraison à domicile.
Au marché Hlm, deux « driankés » transforment leurs larges boubous en entrepôts ambulants. Le tissu disparaît plus vite que les promesses de baisse des prix. Hélas, la caméra, elle, ne connaît ni parenté ni pression sociale.
Avant, on volait dans l’ombre ; maintenant, on vole en haute définition. Chacun réclame ensuite la clémence au nom de la vie chère, comme si l’inflation délivrait un permis de chapardage. À ce rythme, demain, on expliquera le braquage par « la hausse du prix de l’oignon ».
La Tabaski n’a pourtant jamais exigé un mouton acheté par la honte ou un bazin obtenu par acrobatie. Une fête religieuse n’est pas non plus bénie quand elle est financée par les larmes du voisin.
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