À Dakar, la corruption a parfois des allures de routine. On glisse un billet comme on glisse une politesse, sans trop y croire, mais avec l’espoir que la mécanique sociale, bien huilée, fera le reste. Hélas pour Assane Faye, 29 ans, chauffeur pressé et optimiste, il est tombé sur une anomalie statistique. Un policier incorruptible qu’on évoque d’ordinaire avec un sourire entendu.L’agent Mamadou Amoul Yakar Diouf, dont le nom semble déjà refuser la compromission, n’a pas cédé. Pire, il a fait ce que la loi attend de lui. Une audace. Résultat, notre chauffeur, qui croyait raccourcir le chemin, a découvert un raccourci vers le tribunal des flagrants délits.
À la barre, l’homme reconnaît, s’excuse, explique. Il partait en voyage, son véhicule toussotait, et son portefeuille s’est cru autorisé à parler avant lui. Vingt-mille francs pour amadouer l’autorité. Une somme modeste, presque touchante, comme une offrande à un dieu qui aurait cessé d’y croire. Le tribunal, lui, n’a pas ri. Un mois avec sursis, une amende équivalente, et la confiscation des billets coupables.
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