À Tambacounda, il fallait bien que quelqu’un s’élève. Faute de décoller, Mamadou Sow a choisi l’imagination, ce carburant bon marché qui ne nécessite ni kérosène ni compétence technique. Maçon de profession et ingénieur de l’à-peu-près, il a bricolé un hélicoptère qui, par pudeur mécanique, refuse obstinément de quitter le sol. L’engin vibre, tremble, frémit comme un fonctionnaire à l’annonce d’un audit, mais ne vole pas.
Qu’importe. Grâce à un montage vidéo aussi audacieux qu’un discours électoral, voilà la machine propulsée dans les airs. Hongrie, ciel bleu, rotor vaillant, tout y est. Sauf la vérité. Les experts de l’Armée de l’air, gens tristement attachés aux faits, ont rappelé qu’un hélicoptère sans hydraulique est à l’aviation ce que la sincérité est à la politique, une option rarement retenue.
Reste une question, lancinante. Et si, par miracle ou par distraction divine, ce tas de ferraille se mettait à voler, qui monterait à bord le premier pour quitter ce pays en apesanteur morale. Probablement tout le monde. Sauf Mamadou Sow, condamné à rester au sol avec son génie immobile.
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