L’Afrique revendique haut et fort sa souveraineté. Mais, curieusement, lorsqu’il s’agit d’abriter cette indépendance, on emprunte souvent les murs des autres. Après le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, offert par la Chine, c’est au tour de la Cedeao d’inaugurer hier, jeudi, à Abuja, un imposant bâtiment, lui aussi financé par Pékin. À ce rythme, la souveraineté africaine risque de devenir le premier produit d’importation du continent. Le paradoxe est savoureux. Cinquante-quatre États, des centaines de millions d’habitants, d’immenses ressources naturelles, mais pas suffisamment de volonté commune pour financer le siège de leurs propres institutions. À croire que le ciment de l’intégration coûte plus cher que les discours qui l’accompagnent. Il ne s’agit pas de bouder un partenaire qui tend la main. La coopération internationale est une nécessité. Mais il est difficile de proclamer l’autonomie stratégique tout en coupant le ruban de bâtiments que d’autres ont payés. La souveraineté commence parfois par des choses très prosaïques : être capable de construire sa propre maison.
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