À Antananarivo, le pouvoir s’offre une idée neuve, presque enfantine dans sa candeur. Le colonel Michael Randrianirina, chef de la junte, promet de soumettre ses futurs ministres au détecteur de mensonge. L’intégrité, enfin mesurée, calibrée, certifiée par la machine. On imagine la scène, solennelle, un fil sur le doigt, un regard fixe, et la vérité qui clignote.L’époque aime ces raccourcis.
Elle rêve d’une morale instantanée, comme un test rapide au bord de la route. Pourtant, la politique ne se laisse pas brancher si facilement. Elle vit de promesses, souvent fragiles, parfois impossibles. Faut-il alors suspecter chaque parole, traquer chaque hésitation comme un aveu ?
L’idée amuse autant qu’elle inquiète. Car à vouloir mécaniser la vertu, on oublie qu’elle se construit dans les actes, non dans les impulsions électriques. Et l’on se prend à sourire d’une question simple. Si la vérité doit passer par un appareil, pourquoi ne pas commencer par celui qui le propose ?
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