L’actualité sur les réseaux sociaux est aussi palpitante qu’une série hollywoodienne et ses mille et un rebondissements. Depuis quelques temps, les internautes ont droit à un nouvel épisode chaque jour. C’est à se demander où donner de la tête tant le suspense est à son comble. Et cela risque de continuer ainsi jusqu’à ce que l’affaire qui tient en haleine tous les Sénégalais livre son clap de fin.
En effet, depuis début février 2026 (entre le 4 et le 6 février), les autorités sénégalaises ont arrêté plus d’une dizaine d’individus pour des chefs d’accusation incluant « association de malfaiteurs », « actes contre nature » et « transmission volontaire du VIH ». Et tous les projecteurs sont braqués sur les enquêteurs.
Sur les réseaux sociaux, après la tendance consistant à apporter des preuves de sa virilité à travers des vidéos, place maintenant au partage de résultats de test de dépistage du VIH à tout-va sur le net, principalement Tiktok. Et pour cause, après l’arrestation de plusieurs profils connus, pour la plupart issus du monde du showbiz, le débat s’est orienté vers le statut sérologique de leur entourage.
Les dernières arrestations en date impliquant les employés de Mame Ndiaye Savon ont fait beaucoup de bruit. Pour rassurer sa clientèle, la commerçante, accompagnée de son époux avec qui elle s’est fraîchement mariée, a effectué son dépistage. Son test, ainsi que celui de son ex-employé et désormais époux, Souleymane Dia, dit « Fou », se sont révélés négatifs. La jeune femme a exhibé les résultats d’analyses afin de prouver leur « innocence ».
Dans la même veine, la tiktokeuse Nogaye Kara, amie proche de la commerçante et des employés arrêtés, a levé le doute : les résultats de son test sont également négatifs. Il en est de même pour Adji Mass, très proche de ce cercle d’amis.
Des vidéos, des clics, et l’intime le plus sacré devient un spectacle viral. Des tests qui doivent être confidentiels deviennent subitement des preuves pour lever toute suspicion. Mais en dehors de permettre de lever tout équivoque, ce phénomène interroge notre rapport avec les « qu’en-dira-t-on ».
À l’ère où les réseaux amplifient chaque bribe d’info, il est souvent difficile pour les personnalités du showbiz, ou encore d’autres aux millions d’abonnés, de faire face aux rumeurs. Le bulletin de santé, relevant du personnel, est devenu comme une arme qu’on brandit aux yeux du monde entier.
Sur sa page Facebook, la psychiatre Dr Aïda Sylla rappelle avec force que le secret professionnel n’est pas un privilège du médecin, mais un droit fondamental du patient. Elle ajoute qu’il constitue la pierre angulaire de l’acte de soin. Depuis des siècles, la médecine repose sur un pacte implicite : le patient dit tout, le médecin garde tout. Ce pacte garantit la confiance, condition indispensable d’un diagnostic fiable et d’une prévention efficace.
Elle soutient que, lorsque des informations médicales circulent hors du cadre strict du soin, même sous la pression judiciaire ou sociale, un signal dangereux est envoyé à la population : se confier pourrait exposer. Dans un contexte où la lutte contre le VIH repose sur le dépistage volontaire et la confiance dans les structures sanitaires, toute brèche peut produire des conséquences sanitaires lourdes. « Les plus vulnérables pourraient retarder les soins. La clandestinité remplacerait la prévention », prévient encore Aïda Sylla. De fâcheuses conséquences dues à de simples tests qui pouvaient rester dans l’ordre de l’intime.
Arame NDIAYE

