« L’Afrique accueille, Dakar célèbre ». La formule est certes belle mais discutable. Je m’en vais vous dire pourquoi. Pour la première fois, les Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ) se déroulent en terre africaine, en particulier au Sénégal, qui les accueille plus précisément depuis le 31 octobre. Une fierté bien naturelle face à un tel honneur fait à notre pays et au continent africain, surtout après la belle cérémonie d’ouverture saluée pour son éclat.
A en croire les réactions notées dans la presse, le continent est honoré d’accueillir les délégations du monde entier. Seulement, juste avant son coup d’envoi, l’Afrique s’était déplacée, pour les besoins du sommet Russie-Afrique, à Moscou les 28 et 29 octobre. Elles étaient 48 délégations venues d’Afrique, dont tenez-vous bien, 21 chefs d’Etat et de gouvernement. Vladimir Poutine et ses hôtes ont discuté du renforcement de leurs relations, notamment économiques et politiques. Un rendez-vous d’envergure pour l’homme fort de Kremlin qui a coprésidé les discussions avec son homologue burundais Évariste Ndayishimiye, le président de l’Union africaine. Loin de l’esprit de la Conférence de Yalta, la rencontre de Moscou a voulu dessiner les contours d’une nouvelle géopolitique mondiale marquée par une rivalité entre grandes puissances dans laquelle la Russie n’est pas absente.
Rien à redire sur la volonté russe d’élargir son partenariat et ses débouchés économiques et militaires. L’Afrique est vaste, avec un marché très porteur, mais surtout des richesses de toutes sortes. C’est justement cette richesse qui explique qu’elle soit courtisée par tout le monde. Tout pays se prévalant d’une certaine puissance s’autorise ou s’arroge le droit de « convoquer » le continent pour discuter de leurs « liens séculaires et historiques ».
L’Afrique compte pourtant 54 États souverains reconnus par l’Organisation des Nations Unies (ONU) et la communauté internationale. On ne dénombre plus le nombre de pays qui ont cette prétention de parler à l’Afrique dans son entièreté.
Bien avant la Russie et quelques autres, c’est le pays du Soleil levant qui a lancé l’une des plus anciennes initiatives dans ce domaine, avec la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad) qui en est à neuvième édition.
Brésil, Chine, France, Inde, Italie, Turquie, Union européenne…et même les très distants Etats-Unis …Tout le monde veut son sommet avec l’Afrique comme si ce n’était qu’un bloc uni, un seul pays. Le très iconoclaste US President a organisé, presque dans le secret de son bureau, son « US-Africa Summit » avec…cinq pays dont le nôtre. Il aurait été intéressant de savoir, en quoi, tous ces sommets -auxquels il faut ajouter les bilatéraux entre l’Afrique et certaines organisations régionales comme l’Union européenne ou le Commonwealth- auront réellement apporté au continent au-delà des belles déclarations publiées au moment de tirer les rideaux. A-t-on noté çà et là des progrès substantiels dans le développement du continent tirés de ces grand-messes diplomatiques ?
Ma conviction est que ces formats bilatéraux entre un continent et des pays puissants au point de vouloir traiter à la fois avec 54 pays finiront par lasser ou irriter. La France l’a d’ailleurs compris en changeant la dénomination du Sommet France-Afrique, organisé au Kenya en mai 2026, et magiquement appelé cette fois, « Africa Forward ». Aïe !… le français tolérera cette marque de respect pour la langue de Molière.
J’en reviens au slogan des Jeux olympiques de la Jeunesse qui se tiennent au Sénégal en ce moment. Mon avis est qu’il aurait dû être inversé : « Le Sénégal accueille, l’Afrique célèbre ». Car si le Sénégal a bien accueilli les jeux, -et c’est bien le cas puisque c’est ici qu’ils sont localisés- l’Afrique que l’on se méprend toujours à considérer comme un seul pays, a-t-elle célébré ? A en juger par l’affluence à la cérémonie d’ouverture, non ! On est loin des 21 délégations conduites par des chefs d’Etat et de gouvernement parmi les 48 qui sont allées à Moscou il y a quelques jours, ou encore des bousculades aux divers sommets bilatéraux Afrique et pays X.
L’«Afrique est la place la plus riche même si elle a la race la plus pauvre », selon Peter Tosh. Mais quand elle accueille un évènement comme les JOJ, elle aurait pu monter qu’elle est aussi la place la plus hospitalière de la planète en venant célébrer en masse ses hôtes.
par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

