La population étant extrêmement jeune, l’éducation est toujours restée un objectif de première importance pour les gouvernements successifs.
Dans la gestion de ce secteur si important, de nombreuses réformes ont été menées, dont la plus récente (2026) porte sur celle du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee). Une réforme qui vise à se conformer à la loi d’orientation qui instaure l’obligation scolaire de 10 ans. Car, comme l’a expliqué l’actuel directeur des Examens et Concours (Dexcos), Papa Baba Diassé, sur le plan juridique, la loi n°91-22 du 16 février 1991 (loi d’orientation) organise le système éducatif en cycles.
Le cycle fondamental est subdivisé en l’éducation préscolaire et en un enseignement polyvalent unique (élémentaire et moyen général). Cette loi a été modifiée par celle de 2004-37 du 15 décembre 2004 qui, en son article 3 bis, rend obligatoire une présence scolaire de 10 ans. Autrement dit, les enfants doivent rester à l’école de 6 à 16 ans.Portant, poursuit M. Diassé, le décret 2013-738 du 7 juin 2013 qui crée le Cfee et fixe les conditions d’admission en 6e ne permet pas l’application correcte de l’obligation scolaire de 10 ans.
En effet, dit-il, le concours d’entrée en 6e n’a jamais été conçu comme un instrument de mesure basé sur les compétences des enfants. Son principe fondamental était basé sur le nombre de places dans le moyen général. Autrement dit, le nombre d’admis était adapté à celui des places disponibles dans le moyen. Donc, les enfants passent, pas parce qu’ils sont compétents, mais parce qu’il y a des places disponibles.
Bref, « le décret 2013-738 du 7 juin 2013 est en contradiction avec la loi 2004-37 du 15 décembre 2004 qui parle d’obligation scolaire », soutient M. Diassé qui cite d’autres insuffisances comme l’absence d’âge plancher (âge minimum pour faire le Cfee). Ce que le nouveau décret compte corriger en le fixant à 10 ans. Mais la grande nouveauté de la réforme porte sur l’intégration de la formation professionnelle, c’est-à-dire la possibilité d’orienter des élèves dans les structures de formation professionnelle afin de réduire la déperdition scolaire. Car, au Sénégal, le taux de déperdition scolaire reste élevé. Selon l’Ansd, en 2023, 20,9 % des enfants de la tranche d’âge de 6 à 16 ans n’ont jamais fréquenté l’école.
La non-scolarisation est plus marquée en milieu rural (28,7 %) qu’en milieu urbain (12,9 %). Cette déperdition est plus importante chez les adolescents de 12-16 ans. (Cf. Ansd : Rapport provisoire 5e Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph-5), juillet 2024). Autrement dit, cette réforme est plus que nécessaire.
Encore, faudrait-il que l’État relève des défis de taille. D’abord, la possibilité d’accueillir tous les enfants dans le moyen et la formation professionnelle (infrastructures), les effectifs cumulés du concours d’entrée en 6e et du Cfee fluctuant par an entre 270.000 à 305.000 candidats si l’on se réfère aux statistiques des 10 dernières années.
Or, en 2024-2025, le Sénégal ne comptait qu’un peu plus de 1.000 collèges et lycées publics (tous cycles confondus) sur l’ensemble du territoire (un chiffre qui évolue certes avec la politique de construction de collèges de proximité). Quant à la formation professionnelle, elle ne concerne que 6,4 % de la population (9,3 en milieu urbain et 2,7 en milieu rural). (Cf. Ansd : Rapport provisoire 5e Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph-5), juillet 2024). Il s’y ajoute l’équation de l’état civil. Par exemple en 2024, 69.730 candidats sans pièce d’état civil avaient été autorisés à composer contre 30.326 en 2023 (Cf. Agence de presse sénégalaise citant le directeur des Examens et Concours, Papa Baba Diassé).
Enfin, il faudra trouver une solution au déficit d’enseignants. Dans l’enseignement général, en 2025, ce déficit était évalué à 6.529. (Cf. https ://www.ei-ie.org). Régler ces préalables semble une nécessité.
daouda.mane@lesoleil.sn

