Entre le Maroc et le Sénégal, c’est avant tout une histoire de cœurs et d’esprit, une fraternité sincère qui s’est consolidée au fil des ans. Lors d’un séjour à Dakhla en 2022, dans le cadre de l’ouverture d’un nouveau consulat général du Sénégal dans l’extrême sud du royaume, il était plaisant de constater la sympathie spontanée des Marocains envers les Sénégalais.
Dahla, présentée comme une ville naissante, dotée d’importants potentiels halieutiques, abrite une communauté sénégalaise dynamique. Sur place, comme à Rabat, c’était un plaisir de remarquer qu’entre les deux pays, il ne s’agissait pas d’une simple affaire de chancellerie.
Partout, des Marocains nous approchaient pour exprimer un amour sincère. Si, en diplomatie, l’usage de « pays amis » ponctue généralement les discours, ici, le terme « pays frères » s’imposait naturellement. « Vous êtes nos frères », entendait-on. Le Sénégalais s’y sent si bien que l’on garde en mémoire l’envie de revivre ces moments de communion. Ces relations, bâties sous l’ère de Léopold Sédar Senghor et de Hassan II, ont été fortifiées par leurs successeurs, qui ont su cultiver et renforcer cette proximité. Elles ont traversé des décennies et ont pu se raffermir par le biais de la diplomatie religieuse, bien entretenue par la confrérie tidjane. Cette diplomatie spirituelle a cimenté des liens entre des millions de disciples nourris aux mêmes certitudes religieuses. Les liens humains sont restés profonds.
Pour autant, l’histoire enseigne que même dans les unions les plus solides, des incidents de parcours peuvent survenir. Mais la chaleur de ces liens a toujours servi de levier pour désamorcer les tensions, qu’elles soient familiales, amicales, professionnelles ou diplomatiques. Dans son ouvrage « Bien diriger son équipe », Stephen Robbins évoque des réalités transposables au vécu quotidien. Il distingue trois types de conflits, les conflits de tâches, de relations et de processus. « Si les conflits relationnels sont les plus néfastes », Robbins souligne que des niveaux raisonnables de conflits de tâches ou de processus peuvent s’avérer constructifs. Pour lui, « le conflit est positif lorsqu’il améliore la qualité des décisions, stimule la créativité et fournit un canal pour apaiser les tensions latentes ». Il ajoute qu’il est tout aussi important s’il favorise, selon ses mots, un environnement d’auto-évaluation et de changement. À bien des égards, « cela permet d’intégrer des points de vue minoritaires ou hors normes dans des décisions cruciales ». À l’ère du numérique, il est plus que nécessaire de privilégier le dialogue pour éviter de tomber dans le piège des démons du foot ou dans l’escalade émotionnelle des « fans du ballon rond ». Une injustice sportive, même si elle touche l’honneur des deux nations, ne peut servir de prétexte pour attiser la tension. Certains n’hésitent pas à profiter de la fièvre sportive pour promouvoir une culture de la haine sur les réseaux sociaux. Or, l’expérience montre que les ressortissants de nos deux pays ont tout à gagner à préserver cette belle communion entre deux peuples frères.
Au moment où le débat se cristallise sur la décision de la Caf de déposséder le Sénégal de son titre de champion d’Afrique 2025, les pensées se tournent vers les supporters sénégalais retenus au Maroc. En premier lieu, les mères, les sœurs et les enfants de ces fervents supporters prient pour leur retour. Ces derniers, guidés par l’émotion lors de la finale de la Can, ont contesté avec véhémence des décisions arbitrales avant d’envahir le terrain. Depuis, ils sont incarcérés dans des prisons près de Rabat. Si d’aucuns prônent la fermeté pour réprimer les incidents du 18 janvier, d’autres reconnaissent que les enseignements ont été bien tirés. Ils souhaitent que le fair-play puisse se poursuivre au-delà de la pelouse, sur le « tapis vert » de la médiation.
Certains critiques reprochent aux médias sénégalais de ne pas avoir exercé assez de pression sur les autorités des deux pays. Il aurait suffi, à leurs yeux, d’un élan de solidarité collective pour que ces supporters puissent enfin humer l’air de la liberté. Toujours est-il que l’audience en appel, prévue ce 30 mars 2026 à Rabat, suscite tous les espoirs. Des amateurs de football ont compris qu’envahir un terrain n’est pas la meilleure option pour contester une injustice.
Désormais, le vœu de tous est que cet épisode ne vienne pas altérer la beauté d’une relation séculaire entre deux charmants peuples, notamment ceux du Sénégal et du Maroc.
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