En ouvrant le marché des télécommunications aux Mvno (Mobile Virtual Network Operators), ou opérateurs de réseau mobile virtuel, le Sénégal espérait insuffler davantage de concurrence et rendre les services de téléphonie et d’internet plus accessibles. L’objectif était de diversifier les offres, d’encourager l’innovation commerciale et de toucher des segments de clientèle insuffisamment servis par les opérateurs traditionnels. Mais plusieurs années après la délivrance des premières licences, le bilan reste très mitigé. La plupart des opérateurs virtuels ne sont jamais parvenus à s’imposer et le marché demeure largement dominé par les trois opérateurs disposant de leurs propres infrastructures : Orange, Yas et Expresso.Contrairement aux opérateurs classiques, un Mvno ne possède ni antennes, ni fréquences radio, ni réseau de télécommunications. Il loue les capacités d’un opérateur détenteur d’infrastructures, appelé opérateur hôte, pour commercialiser ses propres services sous sa propre marque.
Ce modèle présente, en théorie, un avantage majeur : il réduit considérablement les investissements nécessaires pour entrer sur le marché. Les Mvno peuvent ainsi concentrer leurs efforts sur le marketing, le service client ou le développement d’offres adaptées à des publics spécifiques, comme les jeunes, les entreprises, la diaspora ou les populations vivant dans des zones peu desservies.
À travers l’ouverture du marché aux Mvno, les autorités espéraient renforcer la concurrence dans les télécommunications, favoriser une baisse des prix et améliorer l’accès aux services numériques. Plusieurs licences ont ainsi été délivrées par le régulateur. Toutefois, très peu d’opérateurs ont réussi à développer une activité commerciale durable. Parmi les plus connus figure Promobile, qui s’appuie sur le réseau d’Expresso. Origines Sa, également titulaire d’une licence de Mvno, n’a pratiquement jamais développé d’activité visible sur le marché.
À ce jour, aucun opérateur mobile virtuel n’est parvenu à s’imposer comme un véritable concurrent des opérateurs historiques. Seul Promobile continue de maintenir une présence, sans toutefois bouleverser l’équilibre du marché. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, la concurrence déjà très forte entre Orange, Yas et Expresso a progressivement fait baisser les tarifs de la voix et de l’internet mobile. Les Mvno disposent donc de peu de marge pour proposer des offres significativement plus attractives. Ensuite, leur dépendance vis-à-vis des opérateurs hôtes constitue une limite importante. Les conditions techniques et tarifaires auxquelles ils achètent les services influencent directement leurs coûts. Lorsque ces tarifs de gros restent élevés, les marges deviennent faibles, réduisant leur capacité à innover ou à pratiquer des prix plus compétitifs. Enfin, l’absence d’un positionnement commercial suffisamment différenciant et des moyens financiers limités pour promouvoir leurs marques ont également freiné leur développement. L’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) a entrepris de nouvelles réformes pour relancer l’écosystème en introduisant de nouvelles offres de gros dédiées aux Mvno, couvrant les services de voix, de SMS et de données. Malgré ces mesures, le décollage se fait toujours attendre.
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