Dès les premières heures des bombardements israélo-américains sur Téhéran, une école a été pulvérisée. En Israël également, cette guerre a entraîné la fermeture des établissements scolaires. Une situation grave puisque cette guerre est partie pour être plus longue que la précédente qui n’a duré que douze jours.
À Gaza Strip, des centaines d’écoles et hôpitaux ont été également réduits en décombres par les bombes israéliennes. Dans le Sahel, nombreux sont les établissements scolaires qui ont fait les frais des attaques jihadistes. Idem en Afrique centrale (République démocratique du Congo notamment), au Soudan… où sévissent des guerres interminables.
Au Nigéria, en plus de s’attaquer aux écoles, les jihadistes n’hésitent pas à enlever les filles, pour la plupart mineures, pour mettre plus de pression sur les parents et le gouvernement central ou pour en faire des objets sexuels.
Au Sénégal, particulièrement en Casamance, la crise avait un impact négatif sur le système scolaire, les villages étant souvent abandonnés par les populations ou tout simplement ce sont les maîtres qui fuyaient les zones de conflits.
Ces quelques exemples viennent rappeler combien les crises (guerre, jihadisme, etc.) dévastent le système éducatif, parce que causant la fermeture de milliers d’écoles, une déscolarisation massive avec des risques d’enrôlement forcé des enfants. Mais, on oublie souvent la conséquence la plus pernicieuse : le traumatisme des élèves et des enfants.
Dans certaines zones, des enseignants sont pris pour cible, menacés ou tués. Ce qui peut accentuer la pénurie d’enseignants dans un continent où le déficit d’enseignants est criant, eu égard à la forte croissance démographique. Par exemple, au Sénégal, ce déficit est estimé à « 6.529 enseignants », selon les autorités. Cette pénurie se répartit entre « 4.313 enseignants nécessaires au niveau préscolaire et élémentaire, et 2.216 au niveau secondaire ». (Cf. Education International : https://www.ei-ie.org, février 2025).
Sur le continent, le déficit est évalué à « 15 millions d’enseignants d’ici à 2030 ». (Source : Le Quotidien du 31 octobre 2025). La pénurie est plus grave au niveau mondial. Car, selon UNESCO, « les systèmes éducatifs du monde entier ont urgemment besoin de 44 millions d’enseignants du primaire et du secondaire d’ici à 2030 ». (Cf. UNESCO, Rapport mondial sur les enseignants, février 2024).
C’est dire qu’aujourd’hui, plus que jamais, le droit à l’éducation (qui est un droit fondamental) est de plus en plus sacrifié. Par exemple, au Burkina Faso, au 31 décembre 2021, « plus de 3.200 établissements scolaires, notamment au niveau du primaire et du secondaire, étaient fermés en raison des attaques et/ou menaces terroristes. Ainsi, plus de 511.220 élèves sont privés d’éducation ». (Source : Action Education, 4 février 2022).
Dans la région du Sahel, le système éducatif burkinabè n’est pas le seul à payer les frais du terrorisme. « La région du Sahel, à la frontière du Mali et du Niger, concentre le plus grand nombre d’établissements fermés (28,90 %), suivie de celle de l’Est (24,72 %) », poursuit Action Education.
D’après le Think Tank Wathi, l’insécurité croissante en Afrique occidentale et Afrique centrale a entraîné une augmentation du nombre d’attaques contre les écoles. Ainsi, au début de l’année 2021, « près de 5.000 écoles étaient fermées dans les zones touchées au Burkina Faso, au Mali et au Niger, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, dans la province du Lac au Tchad et dans les régions du Nord-Est du Nigéria, privant des centaines de milliers d’enfants d’éducation et les exposant à des risques accrus d’exploitation et d’abus.
Par ailleurs, lorsque les écoles restent ouvertes, les enseignants, les élèves et leurs familles ont peur, vivent dans la crainte quotidienne d’être attaqués et kidnappés et préfèrent se retirer ou abandonner les écoles. Au Mali par exemple, entre 58 % et 100 % des écoles, selon les régions, sont fermées non pas parce qu’elles ont été spécifiquement attaquées, mais plutôt par peur des attaques et des représailles. (Wathi : https://www.wathi.org, 19 juillet 2024).
Faut-il rappeler, comme le souligne Association pour le développement de l’éducation en Afrique, que les situations de conflits ne doivent pas suspendre le droit des enfants à l’éducation ? Le choix est simple pour le continent : éduquer sa jeunesse ou périr.
daouda.mane@lesoleil.sn

