Aujourd’hui, malgré les multiples frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, le pays ne s’est pas effondré. Si l’Iran tient tête ainsi à la coalition israélo-américaine depuis le 28 février dernier, c’est sans aucun doute grâce à la recherche.
En effet, la montée en puissance scientifique de l’Iran n’est pas un slogan. C’est une réalité. La recherche est au cœur de la politique étatique. Celle-ci n’est pas seulement militaire, elle est aussi scientifique, culturelle et stratégique. Aussi, les dizaines d’années d’embargo n’ont su affaiblir le pays. Au contraire, cet embargo a transformé les scientifiques iraniens en prodiges.
La survie du pays en dépend. Et contrairement à ce qui est véhiculé, les Iraniennes sont parmi les plus éduquées et sont très présentes dans les domaines scientifiques (ingénierie, médecine, recherche). D’après certaines statistiques, elles représentent les 65 % des étudiants dans les Stem (Science, technique, mathématiques). Bref, l’Iran a compris que la recherche est le meilleur outil pour changer la vie des populations. D’ailleurs, le pays occupe une place de choix en nanotechnologie, la science de l’infiniment petit.
En réalité, en Iran, la recherche concerne tous les domaines grâce à ce que d’aucuns appellent le « nationalisme scientifique ». Selon Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheure en sciences et technologies nucléaires au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), l’Iran forme chaque année des cohortes d’ingénieurs parmi les plus nombreuses et les meilleurs au monde. Ces derniers grossissent les rangs des industries fortes du pays et sont au cœur du complexe militaro-industriel du pays. Et d’après l’Institut de statistique de l’Unesco, l’Iran produit 234.000 ingénieurs chaque année. Les États-Unis sont à 250.000, là où la France atteint à peine les 104.000 (dont la moitié seulement issus d’écoles d’ingénieurs) et l’Allemagne environ 80.000.
Autrement dit, à lui seul, l’Iran produit, chaque année, plus d’ingénieurs que la France et l’Allemagne réunies. (Cf. https://www.bfmtv.com). Des ingénieurs de pointe fréquemment ciblés par les Usa et Israël. Malgré tout, le nombre de scientifiques est si important que le pays n’éprouve aucune difficulté à remplacer ceux tués et à renouveler les matériels détruits. L’Iran est parvenu à créer un Prix scientifique prestigieux : le Prix Khwârizmi – du nom de Al-Khwârizmi, mathématicien, historien et géographe, considéré parfois comme le père de l’algèbre et le premier vulgarisateur du système décimal positionnel – décerné depuis 1989 par l’Organisation iranienne des Recherches, des Sciences et des Technologies et qui récompense les travaux éminents dans les domaines de la recherche et de l’innovation scientifiques et technologiques. (Cf. https://en.wikipedia.org).
Le nom de Al-Khwârizmi (v. 780-850) rappelle que l’Iran a été, depuis des siècles, un pays de scientifiques. « En 2021, le pays a été classé au 15e rang mondial pour la production scientifique et 9e mondial en nanotechnologies. (Cf. Iran/Rapport de l’Unesco sur la science, juin 2021). Faudrait-il aussi rappeler que la première lauréate de la médaille Fields (équivalent du Prix Nobel en Maths) fut la mathématicienne iranienne et professeur à Stanford, Maryam Mirzakhani en 2014 ? (Source : https://courrier.unesco.org). En revenant sur ce pan de l’histoire de l’Iran, nous voulons juste rappeler, encore une fois, qu’aucun pays au monde ne peut faire d’importants bonds en avant sans maîtriser les sciences et les technologies (Stem) et mettre l’accent sur la recherche.
Mais, faudrait-il d’abord doter son pays d’un système éducatif à la fois exigeant pour plus de performance, ancré dans ses valeurs et ouvert au monde. Pour un pays comme le Sénégal, le défi reste énorme puisque le nombre d’élèves dans les séries scientifiques ne cesse de se réduire comme peau de chagrin. De 30 % dans les années 2000, ils (les scientifiques) ne représentent plus de 16 % aujourd’hui dans nos écoles. Au regard de nos ambitions, il nous faut impérativement inverser la tendance. Et le plus rapidement.
daouda.mane@lesoleil.sn

