Les féminicides sont en hausse au Sénégal, si l’on se fie aux chiffres révélés par la presse. Celle-ci a de nouveau sonné l’alerte à la suite du meurtre d’une jeune femme et d’une enfant de deux ans, les 9 et 10 juillet derniers. Cette situation assombrit davantage le tableau, avec sept meurtres de femmes enregistrés depuis le début de l’année 2026. Elle serait tributaire du patriarcat, qui favorise une prédominance de l’homme sur la femme. Celle-ci serait même, pour certains esprits figés, une propriété masculine. Des hommes pensent avoir un droit de vie ou de mort sur les femmes.
Des spécialistes le soulignent dans leurs écrits : ces crimes, résultant de la banalisation du sexisme, visent à maintenir les femmes dans un état de soumission ou de possession. Dans notre pays, on continue de dénoncer des injustices qui seraient spécifiques au continent africain. Certains vont jusqu’à pointer du doigt l’octroi de la dot, estimant qu’il favoriserait une marchandisation de la femme et renforcerait les stéréotypes de genre. Une lecture jugée réductrice par les juristes musulmans, pour lesquels cette pratique ne crée aucun droit de propriété du mari sur son épouse. La dot, instituée dans plusieurs sociétés humaines, est ce cadeau qui revient naturellement à la femme. Elle ne donne aucunement à l’homme le droit d’asservir ou d’exploiter son épouse, selon plusieurs exégètes. Elle n’a jamais constitué un obstacle à l’indépendance financière de la femme. C’est aussi ignorer que, dans les sociétés traditionnelles africaines, des femmes ayant occupé des positions enviables ont accepté la dot, symbole d’une identité culturelle, religieuse, mais aussi de valeurs traditionnelles.
Ces femmes ont été reines, cheffes d’État ou ont exercé d’importantes responsabilités militaires et politiques. Mieux, elles n’ont pas eu besoin de chercher des repères à l’extérieur, selon certains penseurs africains. Dans leurs publications, ils retracent le parcours de plusieurs figures marquantes, des héroïnes qui ont laissé une empreinte dans la mémoire collective. Ils rappellent, à cet effet, que la femme noire a longtemps occupé une place de premier plan, tant dans la gouvernance que dans la résistance. Dans son ouvrage « L’Unité culturelle de l’Afrique noire : domaines du patriarcat et du matriarcat dans l’Antiquité classique », l’anthropologue Cheikh Anta Diop défend la thèse de l’existence d’une importante tradition matrilinéaire dans plusieurs sociétés africaines. Il analyse aussi les transformations intervenues au fil de l’histoire.
Dans cette optique, le système colonial, en privilégiant l’instruction des garçons, a fini par reléguer les femmes au second plan, créant une situation de dépendance et un déséquilibre social. Dans son ouvrage « Éclairages sur les féminismes », l’universitaire sénégalais Makhtar Diouf met en exergue, dans l’un de ses chapitres, la particularité du matriarcat, qui tire ses racines de l’Égypte avant son extension vers l’Afrique noire. Dans ce système, l’héritage passe par la lignée maternelle et l’oncle maternel joue un rôle central dans la transmission du pouvoir. De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique de l’Est, les femmes ont été en première ligne et placées sur un piédestal, contribuant à un certain équilibre social. Pour Makhtar Diouf, comme pour d’autres auteurs, ce système n’a nullement engendré une guerre des sexes.
Bien au contraire, il a favorisé une collaboration harmonieuse ainsi qu’une prépondérance féminine acceptée par les hommes au bonheur de tous. Malgré ce statut, ces héroïnes africaines n’ont jamais dormi sur les lauriers. Elles ont montré la nécessité de mener des combats pour sortir de l’ornière ou obtenir une meilleure reconnaissance. L’histoire met en lumière les faits d’armes de celles qui ont su faire face aux exactions coloniales. L’exemple des reines et des Linguères est illustratif. Il en est de même pour les femmes de la Basse-Casamance, dont Aline Sitoé Diatta, présentée comme l’une des dernières grandes figures de la résistance à l’oppression coloniale. Comme quoi, quel que soit le système institué, force est de reconnaître que l’humanisme ne peut cautionner le genre macabre…
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