Invité de la chaine France culture, le chercheur en mathématiques appliquées, spécialiste du traitement du signal et Médaille d’Or du Cnrs en 2025, le français Stéphane Mallat s’offusque de ce qu’il appelle « la crise des mathématiques » en France.
Dans les évaluations internationales, dit-il, la France se retrouve parmi les tout derniers pays, alors qu’il y a 20 ans, l’école mathématique française, au sens lycées et collèges, était d’un bien meilleur niveau.
Pour réconcilier les jeunes avec la discipline, il défend alors un enseignement ancré dans le réel, et demande de favoriser la manipulation, l’observation et l’essai afin de construire une pensée logique avant de passer à l’abstraction (expérimentation et travaux pratiques). Une démarche qui fut à la base du lancement du programme MathAData au sein du Collège de France et de l’École normale supérieure. Lequel programme s’appuie sur l’intelligence artificielle, car l’adaptation de la pédagogie aux mutations actuelles est plus que nécessaire. (Cf. Emission La Science CQFD, www.franceculture.fr, 31 mars 2026)En réalité, la France n’est pas le seul pays à vivre cette « crise des maths ». Au Sénégal, la situation est structurelle. En témoigne la baisse dangereuse, depuis des décennies, des effectifs dans les filières scientifiques et techniques (S1) et le manque criant de professeurs qualifiés.
La dégradation de la qualité dans la formation des Professeurs au Sénégal, d’après le Mamadou Sangharé, est liée à une contractualisation et une « vacatairisation » à outrance dans le dispositif d’enseignement des Maths. Il arrive que des personnes formées dans d’autres disciplines comme les Svt ou les Sciences économiques tiennent des classes de mathématiques dans des lycées à côté de simples titulaires de baccalauréat et sans formation pédagogique de surcroît. (Cf. Mamadou Sangharé : Défis de l’enseignement des mathématiques au Sénégal. Emf-Unige. https :emf.unige.ch)
Cela peut expliquer le faible taux de formation d’ingénieurs et d’admission dans les grands concours internationaux comme Polytechnique de Paris. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Seulement 800 ingénieurs formés par an au Sénégal contre 8.000 pour la Tunisie et 11.000 toutes spécialités confondues pour le Maroc. (Cf. Le Soleil du 22 juin 2026 et Agence marocaine de presse (Map Infographie) du 20 septembre 2024). Mieux, le Maroc excelle au concours d’entrée à l’École polytechnique de France : 16 places décrochées en 2022, 41 places, 2023 et 24 admis cette année. (Cf. Afrik.com du 17 novembre 2025 et L’Économiste du 2 août 2025). Alors que le Sénégal n’a pu inscrire que 3 en 2016 et 2 en 2017.
Depuis cette date, aucun admis. Dans le primaire, selon le baromètre « Jangandoo » 2024, seuls 22% des enfants âgés de 9 à 16 ans parviennent à valider un test de mathématiques de niveau CE1 et 35% des élèves de CM2 ne disposent pas des prérequis mathématiques nécessaires. (Cf. Cosydep. https://cosydep.org. Enseignement des mathématiques…, juillet 2024). Un signal d’alarme.
Pourtant, le M. Sangharé fait remarquer que le pays s’est très tôt doté (du milieu des années 1970 à nos jours) de structures locales chargées d’une prise en charge des maths : Irempt, Commission nationale des programmes de maths, la société mathématique du Sénégal, l’Association des professeurs de maths, l’Académie des sciences été techniques, sans oublier l’organisation d’Olympiades nationales, de concours comme « Miss Sciences » et « Miss Maths » …
En 2015, l’État avait même initié le Projet d’amélioration de l’apprentissage des mathématiques à l’élémentaire (Paame) qui visait à déconstruire très tôt la peur des mathématiques dès les classes d’initiation. Mais les Maths, déplore le M. Sangharé, tout comme l’éducation, la culture, ont souffert au Sénégal d’une inversion des valeurs, qui mettent en premier plan une réussite économique immédiate au détriment des qualités intellectuelles intrinsèques. Il en résulte une forte hémorragie des professeurs de mathématiques parmi les plus qualifiés vers les secteurs de l’administration et de la finance. Une hémorragie à arrêter.
daouda.mane@lesoleil.sn

