Le couperet est finalement tombé sur la tête de Pape Thiaw et de son staff. Au sortir d’un Comité exécutif marathon tenu samedi, sanctionné par un point de presse laborieux tard dans la soirée, la Fsf a annoncé avoir engagé « une procédure de cessation des fonctions du sélectionneur national » ainsi que de l’ensemble de son staff technique.
Arrivé en équipe A comme adjoint d’Aliou Cissé, puis intérimaire en octobre 2024 après l’éviction de ce dernier, Pape Thiaw avait été confirmé à la tête des Lions le 13 décembre 2024. Il paie aujourd’hui un Mondial raté et un coaching défaillant, qui a parfois frisé l’entêtement.Si l’écrasante majorité des Sénégalais attendait cette décision, force est de constater que la Fsf semble vouloir en faire le principal, sinon l’unique responsable de cette débâcle. La réalité est pourtant bien plus nuancée.
Certes, le sélectionneur et son staff portent leur part de responsabilité dans l’élimination des Lions. Mais la Fédération ne saurait s’en dédouaner devant l’opinion. Les failles constatées dans l’organisation de cette campagne, tout comme les tensions vécues durant le séjour aux États-Unis, ont révélé qu’à New Jersey, beaucoup de choses ne tournaient pas rond : flou persistant sur la billetterie et la restauration, délégation pléthorique composée de dirigeants aux fonctions parfois obscures.
Si la crise sportive a eu raison de Pape Thiaw, la crise de gouvernance, elle, appelle une autocritique de la Fédération elle-même. Depuis plusieurs décennies, la réforme des textes internes est réclamée par les clubs pour bâtir une gouvernance plus efficace, davantage tournée vers la performance. Le départ du sélectionneur et de son staff ne réglera pas, à lui seul, les maux qui rongent notre football. Ces problèmes, multiformes, trouvent leurs racines dans des textes obsolètes qu’il devient urgent de réformer, sous peine de plonger le football sénégalais dans une léthargie plus dommageable encore.
Jamais un Comité exécutif n’avait semblé aussi divisé, traversé par des intérêts contradictoires et des logiques de clans. De son côté, le président Abdoulaye Fall peine visiblement à fédérer son équipe autour du projet pour lequel il a été élu. Cette crise de gouvernance pourrait trouver sa source dans un manque criant de cadres compétents à des postes clés : marketing-sponsoring, finances, organisation. Si certains couacs à la dernière Can avaient été masqués par le sacre continental des Lions, ceux de cette Coupe du monde, eux, ont été mis en pleine lumière. Une campagne manquée, à tous les niveaux de l’organisation.
À bien des égards, la Fsf souffre d’un véritable problème de leadership, pas forcément celui d’Abdoulaye Fall lui-même, mais celui d’un système où le président, pourtant élu par une assemblée générale, se voit imposer ses six vice-présidents ainsi que seize autres membres du Comité exécutif. Autant de personnalités que le président élu n’a pas choisies, mais avec lesquelles il devra composer durant quatre années de mandat. La fracture au sein du Comex touche aussi d’autres postes importants, à commencer par celui de secrétaire général de la Fsf, occupé par Abdoulaye Sow. Nommé par Abdoulaye Fall, ce dernier voit son poids dans le fonctionnement de la Fédération de plus en plus contesté.
Même constat au niveau des commissions où les textes recommandent que leurs présidents soient issus des 23 membres du Comité exécutif, qui n’en ont pas toujours les compétences. Une réforme s’impose pour aller vers une Fédération plus performante. Le président Fall, lui, dispose d’une marge de manœuvre restreinte : plutôt que de gouverner avec des hommes de son choix et d’en assumer seul le bilan, il doit composer avec des collaborateurs qui pourraient devenir ses futurs adversaires.
Pour opérer cette rupture, une future réforme des textes pourrait favoriser un scrutin de liste, permettant aux futurs présidents élus de choisir eux-mêmes leurs collaborateurs. Un système qui aurait l’avantage de permettre au patron du football de s’entourer de personnes compétentes, capables de tirer dans le même sens. Faute de quoi, le Comex continuera d’être perçu comme un simple « groupement d’intérêt économique », où chacun prêche pour sa chapelle.
Pour engager cette rupture, l’État a une carte à jouer, car l’intérêt national est en jeu. S’il ne peut dissoudre la Fsf, qui vit une crise de gouvernance persistante, il dispose des moyens de contraindre les acteurs du football à engager une refonte des textes, laquelle devra ensuite être validée par la Fifa. Depuis 2019, le football sénégalais a engrangé plusieurs milliards de francs Cfa issus de ses succès continentaux et de trois participations consécutives à la Coupe du monde, sans que cela n’ait eu d’impact significatif sur le développement du football local.
Pendant ce temps, certaines pratiques nous ramènent plusieurs années en arrière. Un sélectionneur, champion d’Afrique, parti en Coupe du monde sans contrat. Un préparateur physique devenu, par la force des circonstances, adjoint de Pape Thiaw. Un analyste vidéo dépêché en urgence pour renforcer le staff technique des Lions, après le premier match contre la France. Des joueurs contraints de quitter la sélection pour aller se faire diagnostiquer dans leur club. Un Dtn fraîchement nommé, qui n’a pas eu le temps de prendre ses marques. Voilà comment on bricole un staff technique pour une compétition de cette ampleur. Au sortir de cette élimination, c’est l’image du Sénégal tout entier qui en sort écornée.
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