Le récent Dialogue des terroirs, initié par le président Bassirou Diomaye Faye, a remis au cœur du débat national la question essentielle de l’équité territoriale. En effet, les disparités entre les territoires constituent un frein au développement tout court. C’est une chimère de rêver d’une égalité parfaite entre toutes les régions, mais chaque citoyen, quel que soit son lieu de résidence, doit bénéficier des mêmes opportunités d’accès aux services publics, aux infrastructures, à l’éducation, à la santé, à l’emploi et aux investissements. Plus que de la justice sociale, l’équité territoriale est un principe fondamental de cohésion nationale.Au Sénégal, on parle très souvent de la macrocéphalie de Dakar qui, en plus de concentrer le quart de la population et environ 80% des activités économiques, est à la fois le siège des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Pendant ce temps, la moitié ouest du pays est plus nantie que celle de l’Est. La concentration des activités économiques, des équipements structurants et des services administratifs dans quelques pôles favorise non seulement l’exode rural, mais accentue la pression sur les villes et entretient le sentiment d’abandon dans certaines localités. Corriger ces inégalités est donc autant une exigence économique qu’un impératif social et politique. D’où l’importance de développer des pôles et des métropoles d’équilibre.
Le Dialogue des terroirs offre donc une occasion de repenser les politiques publiques en partant des réalités locales. Car chaque territoire possède des ressources, des savoir-faire et des potentialités qui méritent d’être valorisés. Une meilleure planification des investissements, une décentralisation plus effective, un renforcement de capacités des collectivités territoriales et une participation accrue des populations aux décisions peuvent contribuer à bâtir un développement plus équilibré. L’équité territoriale est également un levier de stabilité. Lorsque les populations constatent que les richesses nationales sont réparties de manière plus juste et que leurs préoccupations sont prises en compte, la confiance envers les institutions se consolide et le sentiment d’appartenance à la communauté nationale se renforce. À l’inverse, les déséquilibres territoriaux freinent la productivité, accentuent les inégalités et alimentent les tensions sociales.
L’exemple de la Chine est particulièrement révélateur. Dès les années 1980, les réformes économiques, entreprises par le président Deng Xiaoping, ont favorisé les provinces côtières grâce aux zones économiques spéciales, faisant de Shenzhen, Xiamen ou de Shanghai des moteurs de croissance. Si cette stratégie a accéléré le développement du pays, elle a aussi creusé les écarts avec les provinces de l’intérieur. Beijing a ensuite lancé la stratégie de « développement de l’Ouest », investissant massivement dans les infrastructures, les transports, l’éducation et l’industrialisation des régions moins développées afin de renforcer l’intégration économique nationale. C’est ainsi que des métropoles d’équilibre comme Chongqing, Wuhan ou encore Changsha.
L’Allemagne offre également une leçon remarquable. Après la réunification de 1990, l’écart entre les Länder de l’Est et de l’Ouest représentait un défi majeur. Grâce au « Pacte de solidarité », à des transferts financiers dépassant plusieurs centaines de milliards d’euros et à une modernisation des infrastructures, l’économie de l’Est a progressivement retrouvé son dynamisme et rattrapé, en partie, son retard.
Ici en Afrique, le Maroc fait preuve de pionnier en termes d’équité territoriale. Les investissements dans le port Tanger Med, les plateformes logistiques, les zones industrielles et les infrastructures autoroutières un peu partout à travers le pays, ont permis à plusieurs régions d’attirer des investissements internationaux, de créer des milliers d’emplois et d’être relativement autonomes par rapport à Rabat et Casablanca.
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